L'aéroport international de Beyrouth, dernière poudrière du conflit entre Israël et l'Iran

L'interdiction par le Liban de deux vols de Mahan Air a déclenché des manifestations pro-Hezbollah et une attaque contre un convoi de la Finul, à la lumière des préparatifs pour les funérailles de Hassan Nasrallah. (AFP)
L'interdiction par le Liban de deux vols de Mahan Air a déclenché des manifestations pro-Hezbollah et une attaque contre un convoi de la Finul, à la lumière des préparatifs pour les funérailles de Hassan Nasrallah. (AFP)
L'interdiction par le Liban de deux vols de Mahan Air a déclenché des manifestations pro-Hezbollah et une attaque contre un convoi de la Finul, à la lumière des préparatifs pour les funérailles de Hassan Nasrallah. (AFP)
L'interdiction par le Liban de deux vols de Mahan Air a déclenché des manifestations pro-Hezbollah et une attaque contre un convoi de la Finul, à la lumière des préparatifs pour les funérailles de Hassan Nasrallah. (AFP)
Les forces anti-émeutes de l'armée libanaise dispersent les manifestants du Hezbollah qui tentent de bloquer la route de l'aéroport international de Beyrouth, le 15 février 2025 (AFP).
Les forces anti-émeutes de l'armée libanaise dispersent les manifestants du Hezbollah qui tentent de bloquer la route de l'aéroport international de Beyrouth, le 15 février 2025 (AFP).
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Publié le Jeudi 20 février 2025

L'aéroport international de Beyrouth, dernière poudrière du conflit entre Israël et l'Iran

  •  La décision du Liban de bloquer les vols iraniens déclenche des manifestations en faveur du Hezbollah, alors que les États-Unis et Israël tentent de réduire le financement du groupe
  • Les analystes avertissent que l'escalade des tensions pourrait raviver la guerre avec Israël, le Hezbollah risquant plus qu'il ne peut se le permettre

LONDRES: Quelques semaines après que le Liban a formé son premier gouvernement en plus de deux ans, offrant une lueur d'espoir à ce pays en crise, la décision de bloquer les vols commerciaux entre Beyrouth et Téhéran menace de relancer l'instabilité.

Le 13 février, le Liban a empêché un avion iranien d'atterrir à l'aéroport international Rafic Hariri après qu'Israël a accusé le Corps des gardiens de la révolution islamique d'Iran d'utiliser des vols commerciaux civils pour acheminer clandestinement des fonds au Hezbollah.

Téhéran a rapidement riposté en bloquant les vols libanais.

Le timing de cette querelle la rend particulièrement délétère. Le Liban devrait recevoir des dizaines de milliers de visiteurs dimanche pour les funérailles du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, tué lors d'une frappe aérienne israélienne le 27 septembre.

L'interdiction par le Liban des vols iraniens a suscité des protestations parmi les partisans du Hezbollah, qui ont bloqué la route menant à l'aéroport, se sont heurtés à l'armée libanaise et ont même attaqué un convoi transportant des soldats de la paix de l'ONU, incendiant un véhicule et en blessant deux.

Makram Rabah, professeur adjoint à l'Université américaine de Beyrouth, estime que la décision du nouveau gouvernement libanais de bloquer les vols iraniens va au-delà des efforts déployés pour lutter contre la contrebande de fonds illicites.

«Je crois sincèrement qu'il ne s'agit pas seulement d'une question de contrebande d'argent, ce que les Gardiens de la révolution iraniens tentent de faire, mais qu'il y a aussi des armes en jeu», a-t-il déclaré à Arab News.

Les manifestants du Hezbollah brandissent un portrait encadré de leur chef Hassan Nasrallah lors d'un rassemblement le long de la route de l'aéroport international de Beyrouth, le 15 février 2025. Ils sont entourés par des soldats de l'armée libanaise  (AFP)

«Les autorités libanaises ont été exhortées par la communauté internationale, en particulier par les États-Unis, à adopter une position ferme à cet égard.»

Les vols iraniens atterrissant à Beyrouth étaient déjà soumis à des inspections strictes, qui ont également été étendues aux vols en provenance d'Irak afin d'empêcher que des fonds illicites ne parviennent au Hezbollah via le voisin iranien, a rapporté le journal Asharq Al-Awsat.

Au début du mois, Iraqi Airways a annulé un vol régulier en provenance de Bagdad, les sources aéroportuaires de Beyrouth évoquant soit une protestation contre les mesures de sécurité renforcées, soit des problèmes logistiques.

Cette décision a été prise après qu'un transporteur iranien a été soumis à des contrôles de sécurité rigoureux à l'aéroport de Beyrouth le mois dernier, car on le soupçonnait de transporter des fonds destinés au Hezbollah.

Ces mesures «sont nécessaires compte tenu de la récente guerre au Liban et de l'engagement du Liban à respecter les protocoles de sécurité convenus avec les États-Unis», qui ont contribué à négocier le cessez-le-feu du 27 novembre entre Israël et le Hezbollah, a déclaré à Asharq Al-Awsat une source chargée de la sécurité de l'aéroport.

Il s'agit de «mesures préventives» destinées à empêcher le seul aéroport international du Liban de devenir une cible potentielle d'attaques israéliennes, a ajouté la source.

De telles mesures pourraient également refléter les nouvelles réalités politiques au Liban depuis que le Hezbollah a été battu par Israël au cours du conflit qui a duré un an et qui a vu la direction de la milice amputée de ses dirigeants. Son arsenal, autrefois redoutable, a été considérablement réduit.

Des partisans du mouvement islamiste chiite libanais Hezbollah jettent des pierres lors d'affrontements avec les forces anti-émeutes de l'armée libanaise sur la route de l'aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth, le 15 février 2025. (AFP)

Yeghia Tashjian, coordinateur du groupe des affaires régionales et internationales à l'Institut Issam Fares pour la politique publique et les affaires internationales à l'Université américaine de Beyrouth, pense que le Liban est «entré dans une nouvelle ère» depuis le cessez-le-feu.

«Malheureusement, peu de gens sont conscients des conséquences et des étapes qui auraient suivi la signature de l'accord de cessez-le-feu du 27 novembre», a déclaré M. Tashjian à Arab News.

«Le Liban est entré dans une nouvelle ère où le gouvernement subit d'énormes pressions de la part des États-Unis et d'Israël. On a le sentiment que la reconstruction et l'aide occidentale seront conditionnées à des réformes et à la mise en œuvre complète de la résolution 1701».

Le cessez-le-feu conclu sous l'égide des États-Unis exigeait la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée pour mettre fin à la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah. Elle demandait au Hezbollah de se déplacer au nord du fleuve Litani et à l'armée libanaise et aux forces de maintien de la paix de l'ONU de se déployer dans le sud.

L'accord du 27 novembre exigeait également que les troupes israéliennes se retirent du Liban dans les 60 jours. Cependant, un grand nombre d'entre elles restent dans les villes frontalières. En outre, l'organisation Armed Conflict Location and Event Data Project a enregistré 330 frappes aériennes et bombardements israéliens entre le 27 novembre et le 10 janvier.

La résolution 1701 avait permis de maintenir une paix relative dans la région jusqu'à ce que l'attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas contre le sud d'Israël déclenche la guerre à Gaza. En soutien à ses alliés du Hamas, le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur le nord d'Israël, déclenchant des affrontements transfrontaliers qui ont rapidement dégénéré.

Au cours du conflit, Israël a demandé aux compagnies aériennes iraniennes et irakiennes de ne pas atterrir à Beyrouth, car elles étaient soupçonnées de transporter des fonds et des armes au Hezbollah. Ces compagnies aériennes ont d'abord refusé, mais ont repris leurs vols après le cessez-le-feu du 27 novembre.

Toutefois, à la suite d'un avertissement lancé la semaine dernière par les États-Unis, selon lequel Israël pourrait abattre des transporteurs commerciaux iraniens entrant dans l'espace aérien libanais, Beyrouth a interdit deux vols de Mahan Air, ont déclaré des responsables de la sécurité libanaise à l'agence de presse AFP.

Téhéran a condamné les menaces israéliennes en les qualifiant de «violation du droit international» et a appelé le 14 février l'Organisation de l'aviation civile internationale à «mettre fin au comportement dangereux d'Israël contre la sûreté et la sécurité de l'aviation civile».

liban

Malgré les appels du Hezbollah et de l'Iran à revenir sur cette interdiction, les autorités libanaises sont allées plus loin lundi en prolongeant indéfiniment la suspension des vols à destination et en provenance de l'Iran, qui devait initialement être levée le 18 février, en raison des menaces israéliennes de bombarder l'aéroport de Beyrouth.

Tashjian, de l'Institut Issam Fares, estime que l'interdiction doit être considérée dans le contexte plus large des efforts visant à démanteler le Hezbollah et d'autres groupes armés non étatiques au Liban.

Un membre des forces anti-émeutes de l'armée libanaise tire un coup de fusil alors qu'elles tentent de disperser une tentative organisée par le Hezbollah de bloquer la route de l'aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth, le 15 février 2025. (AFP)

«La mise en œuvre de la résolution 1701 ne concerne pas uniquement la zone située au sud du fleuve Litani, comme beaucoup le pensent», a-t-il déclaré. «En lisant attentivement le nouvel accord, en particulier le premier paragraphe, il est clair que toute forme de force non autorisée doit être démantelée.»

«C'est dans ce contexte que la pression sur le Hezbollah augmente. Dans les semaines à venir, nous pourrions assister à des pressions supplémentaires, principalement sur les entreprises de micro-finance affiliées au Hezbollah.»

L'universitaire et analyste libanais Rabah estime que le nouveau gouvernement de Beyrouth «doit faire le ménage et se montrer plus agressif dans la défense de sa souveraineté».

La question de l'aéroport et son enchevêtrement dans la lutte régionale pour le pouvoir n'est qu'une phase, a-t-il déclaré, ajoutant qu'«il y aura d'autres façons de défier le Hezbollah, et le Hezbollah ripostera certainement en défiant l'État».

«Il s'agit pour le Hezbollah, ainsi que pour Nabih Berri (président du Parlement) et Haraket Amal (le mouvement Amal), de reconnaître que leurs armes ne sont plus une option – et c'est fondamentalement l'un des défis les plus difficiles à relever.»

Des soldats israéliens passent devant des armes et d'autres équipements pris aux combattants du Hezbollah dans le sud du Liban l'année dernière. (AFP)

Toutefois, il est peu probable que ce changement se produise immédiatement, estime Firas Modad, analyste du Moyen-Orient et fondateur de Modad Geopolitics.

«Le Hezbollah et ses partenaires cherchent à montrer qu'ils conservent un pouvoir national important et agissent pour empêcher toute idée de désarmement du groupe», a déclaré M. Modad à Arab News.

«Ils ont utilisé l'aéroport de Beyrouth, un point de pression international et très important, pour ce faire. Leur excuse est que le Liban a interdit les vols iraniens en raison des menaces israéliennes.»

«Il convient toutefois de noter que les vols étaient interdits même lorsque le Hezbollah contrôlait le ministère libanais des Travaux publics et des Transports.»

Cette photo prise le 29 juillet 2024 montre des passagers regardant l'écran des horaires des vols à l'aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth après que leurs vols ont été retardés ou annulés au milieu des combats entre le Hezbollah et les forces israéliennes. (AFP)

Il a ajouté: «L'Iran et le Hezbollah semblent avoir décidé de faire pression sur les nouvelles autorités libanaises dès le début pour s'assurer que les chiites ne sont pas exclus politiquement.»

«C'est étrange car les partis chiites (Hezbollah et Amal) ont pu choisir leurs ministres de la même manière que tous les autres partis (ont été) représentés dans le nouveau cabinet.»

Si le nouveau cabinet libanais semble avoir mis le Hezbollah sur la touche, le groupe et son allié Amal, dirigé par Berri, ont été autorisés à nommer quatre des 24 ministres, dont le ministre des Finances Yassin Jaber – l'un des postes les plus convoités du gouvernement.

Cette décision a été prise après que l'envoyé adjoint de Washington pour le Moyen-Orient, Morgan Ortagus, a déclaré le 7 février, après avoir rencontré le président Joseph Aoun, que les États-Unis rejetaient l'idée d'une participation du Hezbollah au gouvernement libanais.

Le président Joseph Aoun (au centre) rencontre l'envoyée spéciale adjointe des États-Unis au Moyen-Orient Morgan Ortagus (3e à gauche) au palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth, le 7 février 2025. (Photo distribuée par l'AFP)

Modad estime «qu'il est très probable que le Liban restera soumis à une forte pression internationale et aux menaces israéliennes pour empêcher le Hezbollah de se refinancer, de financer la reconstruction et de se réarmer».

«Le Hezbollah n'a pas la capacité d'affronter Israël ou l'Occident pour empêcher cela», a-t-il ajouté. «Il s'attaque donc au maillon le plus faible, c'est-à-dire à ses partenaires et rivaux nationaux au Liban.»

Qualifiant cette tactique d'«extrêmement imprudente», M. Modad a déclaré: «Le Hezbollah sait qu'il risque une guerre sur trois fronts, contre ses rivaux intérieurs, Israël et les milices djihadistes syriennes.»

Il a ajouté: «La rhétorique utilisée par le Hezbollah pour justifier ses actions est qu'il est de la responsabilité de l'État de reconstruire le Liban et d'affronter Israël.»

Sur cette photo prise le 26 novembre 2024, des secouristes libanais arrivent sur le site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé un bâtiment dans la capitale Beyrouth, dans le cadre de la guerre entre Israël et le Hezbollah. (AFP)

«Le Hezbollah sait très bien que l'État libanais n'a pas cette capacité, ni pour financer la reconstruction, ni pour défier militairement Israël. Et si Israël attaque l'aéroport, cela pourrait relancer la guerre et entraîner des dégâts encore plus importants.»

«Simplement, le Hezbollah prend le risque d'une escalade qu'il ne peut pas se permettre. Il est blessé et tient donc à montrer qu'il reste fort. Cela pourrait entraîner des conflits non calculés qui porteraient gravement atteinte au Liban – et au Hezbollah.»

Faisant écho au point de vue de Modad, Tashjian, de l'Institut Issam Fares, a déclaré que le Liban n'était pas en mesure de résister aux exigences américaines.

«Les ressources du Liban, en particulier après la guerre suicidaire, sont limitées», a-t-il déclaré. «Beyrouth ne peut donc pas résister à la pression américaine, notamment en raison des changements régionaux et de la réticence de l'Iran à soutenir ses alliés non étatiques.»

Le Liban, qui souffre toujours d'une crise financière débilitante qui s'est emparée du pays depuis 2019, était déjà paralysé par des années de déclin économique, de paralysie politique et d'autres crises avant la guerre du Hezbollah contre Israël.

Pour aller de l'avant, M. Tashjian estime que «le Liban a besoin d'une diplomatie proactive». Il s'agit notamment de mettre en œuvre la résolution 1701 et de s'engager avec les États-Unis, tout en travaillant «avec les dirigeants chiites pour s'assurer que ces politiques n'isolent pas la communauté».

Des voyageurs devant prendre un vol à l'aéroport international de Beyrouth le 15 février 2025 marchent avec leurs bagages alors que des partisans du Hezbollah bloquent la route menant à l'aéroport le 15 février 2025 (AFP).

En outre, il suggère de proposer des solutions alternatives pour remédier aux perturbations des vols, telles qu'un engagement avec l'Iran pour assurer les vols de la compagnie nationale libanaise, Middle East Airlines, ou l'inspection des vols iraniens à l'arrivée à Beyrouth.

«Une politique étrangère équilibrée est nécessaire pour prévenir toute explosion sociale et politique au Liban», a-t-il déclaré.

«Les provocations militaires israéliennes et les violations du cessez-le-feu se poursuivent, tandis que le Hezbollah s'efforce de comprendre la situation d'après-guerre et de convaincre son public que le pays est entré dans une nouvelle ère, différente de celle de l'après-guerre de 2006.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.