Frankly Speaking : Évaluation du plan de la Ligue arabe pour Gaza

S'adressant à l'animatrice Katie Jensen, le prince Turki a expliqué pourquoi Israël devrait assumer la responsabilité financière des dommages qu'il a infligés à Gaza et à la Cisjordanie. (Photo AN)
S'adressant à l'animatrice Katie Jensen, le prince Turki a expliqué pourquoi Israël devrait assumer la responsabilité financière des dommages qu'il a infligés à Gaza et à la Cisjordanie. (Photo AN)
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Publié le Dimanche 09 mars 2025

Frankly Speaking : Évaluation du plan de la Ligue arabe pour Gaza

  • Le chroniqueur saoudien Abdulrahman al-Rashed déclare que la proposition de la Ligue arabe n'est peut-être pas parfaite, mais qu'en présentant une alternative aux plans américains et israéliens, elle permet de faire avancer les pourparlers.
  • M. al-Rashed estime que le président américain Trump devrait avoir la possibilité de résoudre la crise du Moyen-Orient, mais insiste sur le fait que seule l'Autorité palestinienne possède la légitimité de gouverner Gaza.


RIYAD : Bien que le plan de la Ligue arabe pour Gaza, annoncé lors du sommet du Caire le 4 mars, ait fait l'objet d'un rejet catégorique de la part des Etats-Unis et d'Israël, il joue toujours un rôle crucial pour poursuivre les pourparlers, a déclaré le célèbre chroniqueur et analyste politique saoudien Abdulrahman al-Rashed.

Dans le cadre de l'émission d'actualité d'Arab News Frankly Speaking, M. al-Rashed a présenté une évaluation franche du plan de la Ligue arabe pour l'après-guerre à Gaza, de sa position par rapport aux propositions concurrentes et de l'évolution de l’ambiance politique au Liban, en Syrie et en Arabie saoudite.

Le sommet extraordinaire de la Ligue arabe s'est tenu la semaine dernière en réponse à la suggestion controversée du président américain Donald Trump selon laquelle les États-Unis pourraient prendre le contrôle de Gaza, déplacer sa population palestinienne vers l'Égypte et la Jordanie et réaménager le territoire en station de loisirs.

En revanche, le plan de la Ligue arabe, qui a reçu le soutien des dirigeants européens, prévoit que Gaza soit gouvernée temporairement par un comité d'experts indépendants et que des forces internationales de maintien de la paix soient déployées sur le territoire.

Ce comité serait chargé de superviser l'aide humanitaire et de gérer temporairement les affaires de Gaza sous la supervision de l'Autorité palestinienne. La reconstruction du territoire sera réalisée pour un coût de 53 milliards de dollars, sans qu'il soit nécessaire de déplacer la population. 

« Je pense qu'il ne nous reste plus que trois plans », a déclaré M. al-Rashed à l'animatrice de Frankly Speaking, Katie Jensen.

« D'une part, il y a le premier plan, celui de la Ligue arabe, qui prévoit que les habitants demeurent à Gaza et que la reconstruction soit achevée en cinq ans. D'autre part, il y a le plan israélien, qui repose essentiellement sur l'occupation et probablement la continuation des opérations militaires. Et bien sûr, il y a le plan Trump, connu sous le nom de "riviera", selon lequel deux millions de personnes devraient partir, tandis que la région serait entièrement reconstruite pour la rendre habitable. Je ne sais pas si ces deux millions de personnes reviendront un jour. Mais les trois plans sont désormais sur la table.

Je ne sais pas si le sommet du Caire a réussi à convaincre la Maison Blanche, mais au moins, nous avons un plan. Et c'est précisément l'objectif : négocier », explique M. al-Rashed.

Bien qu'il craigne que les propositions d'Israël et de Trump n'aboutissent à un nettoyage ethnique, M. al-Rashed estime que le plan du Caire est essentiel pour fournir un cadre à la poursuite de l'engagement diplomatique.

« Il s'agit en fait d'un moyen de négocier, de maintenir l'élan, de sorte que Trump ne se contente pas de dire "expulsons les deux millions de personnes" et que le chaos règne en Égypte, en Jordanie et au Moyen-Orient », a-t-il ajouté.

M. al-Rashed a admis qu'il aborde ce plan avec une certaine dose de cynisme lorsqu'il a récemment écrit sur son compte X que le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, devrait se rendre à la Maison Blanche pour présenter ce plan directement à M. Trump — même si cela signifie risquer une confrontation publique similaire à celle survenue entre le président Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

« M. Aboul Gheit, à mon avis, devrait les informer du plan, le présenter directement aux Américains et en discuter avec eux », a affirmé M. al-Rashed.

« Nous aurons deux options. Soit ils négocieront et parviendront probablement à un accord, soit Trump fera exactement ce qu'il a fait avec Zelensky : il dira non, il ne l'acceptera pas, et poussera la Ligue arabe à revoir le plan et à proposer quelque chose de plus pragmatique. C’est ce que je voulais dire, en fait », a-t-il averti.

L'une des principales objections au plan de la Ligue arabe tient au rôle que le Hamas pourrait jouer dans la future gouvernance de Gaza, d'autant plus qu'Israël, les États-Unis et de nombreux pays occidentaux le considèrent comme un groupe terroriste, notamment en raison de son attaque du 7 octobre 2023 contre le sud d'Israël.

Interrogé sur le fait que l'approbation du plan du Caire par le Hamas pourrait rendre sa présentation plus difficile, M. al-Rashed a déclaré que le groupe avait déjà exprimé son intention de se retirer.

« En fait, le Hamas a fait une déclaration presque assez proche pour dire qu'il accepte le plan et il a presque dit qu'il est prêt à accepter tout ce que les parties palestiniennes accepteront pour diriger Gaza, pour gérer Gaza », a-t-il dit. « Je pense donc que le Hamas est sur le point de dire oui ».

Toutefois, il a souligné le fait que si le Hamas pourrait accepter de renoncer au contrôle politique, le groupe ne s'est pas encore engagé à un désarmement complet.

De nombreux observateurs ont été surpris d'apprendre récemment que l'administration Trump avait entamé des pourparlers directs avec le Hamas. Les États-Unis ont lancé un ultimatum, exigeant la libération de tous les otages encore détenus par le Hamas en échange d'un cessez-le-feu durable.

Si M. al-Rashed considère qu'il s'agit d'une évolution positive, il a critiqué le Hamas, qui s'est montré réticent à l'égard d'un tel accord, car il semble donner la priorité à son image publique plutôt qu'au bien-être de la population de Gaza.

« Je pense que nous sommes actuellement au bord de la deuxième phase de la guerre. Nous verrons probablement d'autres chars israéliens pénétrer dans la bande de Gaza. Et il est probable que l'avertissement ait un effet immédiat : le Hamas libérera probablement la plupart des otages, voire tous ceux qui restent, dans les semaines à venir », a-t-il averti.

« Je pense que le problème actuel pour le Hamas est de trouver une sorte de solution pour sortir de la situation, quelque chose qui leur donnera l'impression d'avoir gagné, tout en ne restant pas à Gaza. Je ne sais pas vraiment comment cela va se dérouler, mais c’est ce qui fait défaut actuellement. Il s'agit davantage de l'image du Hamas que de la vie des deux millions d'habitants de Gaza ou des otages restants », a-t-il expliqué.

L'Égypte et le Qatar ont la capacité d'exercer une influence sur le Hamas, ce qui pourrait faciliter le processus. « Nous avons une véritable fenêtre de solution cette fois-ci, bien plus qu'auparavant, après la conférence », a déclaré M. al-Rashed.

« Je pense que les Égyptiens et les Qataris ont désormais un moyen de pression. Ils peuvent vraiment faire pression sur le Hamas. S'il accepte l'idée, le Hamas libérera tous les autres otages, qui pourront quitter Gaza en toute sécurité et vivre ailleurs, peut-être en Algérie ou ailleurs. Et les Palestiniens, principalement l'Autorité palestinienne, dirigeront Gaza. Si ce scénario se produit - et je parie mon argent sur le fait qu'il est le plus probable - oui, nous mettrons fin à l'hostilité. Je pense que les Israéliens auront une sorte de supervision de Gaza. Les Palestiniens seront enfin en paix et un nouveau chapitre s'ouvrira au Moyen-Orient », a-t-il signalé. 

Toutefois, M. al-Rashed a également critiqué le refus d'Israël d'envisager un rôle pour l'Autorité palestinienne ou même pour l'Office de secours et de travaux des Nations unies dans la gestion de la bande de Gaza d'après-guerre.

« À l'heure actuelle, rien ne fonctionnera tant que nous ne disposerons pas d'une solution pratique », a-t-il confirmé. « Essayer d'expulser deux millions de personnes n'est pas une solution pratique. Cela n'arrivera pas. Si cela se produit, tout le monde sera perdant, y compris les Israéliens ».

M. al-Rashed a insisté sur le fait que l'Autorité palestinienne reste l'organe directeur le plus légitime pour Gaza, malgré son impopularité en Cisjordanie.

« Je pense qu'en termes de légitimité, ce n'est pas le Hamas, c'est l'Autorité palestinienne », a-t-il précisé. « L'Autorité palestinienne est l’autorité dotée de légitimité et reconnue par tout le monde, y compris les pays occidentaux ».

Bien qu'il soit difficile de prédire les événements, M. al-Rashed a déclaré qu'il soutenait le point de vue du chroniqueur d'Arab News Hassan Yassin, qui a suggéré dans sa récente tribune que la politique non conventionnelle de Trump pourrait contribuer à ouvrir la voie à une paix durable dans la région.

« Je pense que nous devons donner au président Trump l'espace et la possibilité de le faire parce que, écoutez, Trump n'est pas (Joe) Biden, et je pense que Trump est unique parmi tous les présidents américains », a-t-il assuré.

« Il est certain qu'il déplace des montagnes. Et je pense qu'il y a une grande chance pour le Moyen-Orient (...) non seulement pour régler la question de Gaza, mais nous pouvons aller au-delà et trouver une solution à deux États », a-t-il observé. 

« Trump a la capacité de convaincre n'importe qui, pour être honnête, à sa manière ; il a un style bien à lui. Je suis certain que (le Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahou n'osera pas se comporter avec Trump comme il l'a fait avec Biden ou (Barack) Obama dans le passé », a-t-il souligné.

« Trump peut entrer dans l'histoire et gagner le prix Nobel. Sans aucun doute », a constaté M. al-Rashed. 

M. al-Rashed a également rejeté toute idée selon laquelle l'Égypte et la Jordanie pourraient s'opposer à Israël au sujet du déplacement des Palestiniens, après que le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a déclaré qu'une telle action équivaudrait à un acte de guerre.

« Je ne pense pas que la Jordanie ou l'Égypte iront aussi loin. Je pense qu'il s'agit des deux meilleurs pays et gouvernements de la région qui savent comment gérer la crise », a-t-il remarqué. 

« Ils sont préoccupés par la question de Gaza. Les choses vont vraiment trop loin en termes de dévastation. Plus de 50 000 personnes y ont été tuées. Des otages israéliens y sont également restés. Nous sommes donc coincés », a-t-il regretté. 

« La question est de savoir comment faire sortir les otages israéliens, comment faire sortir le Hamas de Gaza, comment instaurer la paix à Gaza et enfin comment mettre en œuvre le plan de paix. Je ne pense pas que ce que nous avons entendu au sujet de la volonté égyptienne et jordanienne soit sérieux, honnêtement », a-t-il averti. 

Au sujet du Liban, M. al-Rashed a exprimé un optimisme mesuré quant à l'avenir du pays, suite à l'élection de l'ancien chef de l'armée Joseph Aoun à la présidence et de l'ancien juge de la Cour internationale de justice Nawaf Salam au poste de Premier ministre en janvier.

Après avoir été frappé par une crise financière majeure depuis 2019 et plus de deux ans sans formation de gouvernement officiellement reconnu, le pays est maintenant sur la bonne voie pour se redresser, notamment à la suite du récent conflit sur son territoire entre Israël et le Hezbollah.

M. al-Rashed a déclaré que la récente visite du président Aoun à Riyad était révélatrice de la réinitialisation en cours des relations entre l'Arabie saoudite et le Liban, mais il a averti que le Hezbollah - bien qu'il ait été considérablement affaibli par le conflit - restait une force potentiellement déstabilisatrice.

« Dans une certaine mesure, le pire est derrière nous, mais nous avons encore des problèmes », a averti M. Al-Rashed. « Même avec des couteaux de cuisine, le Hezbollah pourrait constituer un problème. Le Hezbollah, bien sûr, est confronté à de nombreux problèmes en ce moment. Des milliers de personnes sont à court d'argent. Leurs maisons ont été détruites. Elles doivent être reconstruites. Ils n'ont plus de routes vers l'Iran. Ils sont déconnectés de l'Iran ».

À propos de la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre et de la montée en puissance du gouvernement de transition d'Ahmed al-Charaa en Syrie, M. al-Rashed a déclaré qu'il s'agit d'un changement important pour la région.

« Je ne peux pas vraiment parler au nom de Riyad, mais d'après ce que j'ai compris, tout le monde - ou presque - est extrêmement heureux du départ du régime al-Assad », s’est-il félicité. « Il était là depuis un demi-siècle. Il a contribué au chaos ».

Les affrontements entre les forces de sécurité gouvernementales et les factions pro-Assad présumées au sein de la communauté alaouite se sont intensifiés la semaine dernière. Le ministère saoudien des Affaires étrangères a apporté son soutien total à al-Charaa.

« Tout le monde a exprimé son soutien au président al-Charaa, y compris les Saoudiens », a précisé M. al-Rashed. « Il s'est rendu à Riyad pour sa première visite, et les Saoudiens l'ont chaleureusement accueilli. Il n'y a donc aucune raison de ne pas accepter le nouveau régime. Bien sûr, il est le bienvenu tant qu'il adopte un comportement conforme aux standards de la région. »

« L'Arabie saoudite peut jouer un rôle majeur dans le développement de la Syrie, mais cela dépend d'abord, bien sûr, de la levée des sanctions. Et cela relève davantage de Washington que de Riyad. Mais oui, c'est ce que nous observons actuellement : l'histoire est en train de s'écrire, c'est certain », a-t-il confirmé.

M. al-Rashed a également mis en garde contre l'implication d'Israël dans la communauté druze en Syrie, suggérant que les initiatives visant à créer une région séparée dirigée par la minorité ethnoreligieuse pourraient créer davantage d'instabilité.

« Les Israéliens, quel que soit leur objectif, cherchent bien sûr à créer une zone tampon en incitant les régions voisines, comme la région druze, à se mettre sous leur protection », a-t-il averti. 

En se tournant vers l'Arabie saoudite, M. al-Rashed a salué les réformes radicales mises en place dans le cadre du programme Vision 2030 du prince héritier Mohammed ben Salmane, qui ont permis au Royaume de se positionner comme une force de changement majeure dans la région.

« Nous voyons l'Arabie saoudite non seulement se développer, mais aussi devenir plus modérée sur le plan islamique. Nous assistons à un leadership qui s'efforce de diffuser ce message à travers la région et au sein du monde islamique », s’est-il félicité. 

« Les Saoudiens ne se contenteront pas de changer l'Arabie saoudite, ils transformeront le monde islamique, comme c’est déjà le cas aujourd’hui », a-t-il assuré. 

« Les individus jouent un rôle clé dans les grands changements historiques. Certains dirigeants parviennent à marquer une différence considérable pour leur pays. Et je pense que le prince héritier a démontré ses idées et, bien sûr, sa résilience depuis le début », a déclaré M. al-Rashed, en référence au leadership du prince héritier.

« Si vous avez écouté le prince héritier Mohammed ben Salmane au cours des dix dernières années, lorsqu'il s'adresse aux médias locaux ou régionaux, il parle de l'économie, du bien-être de la population et de l'avenir. Ce sont trois sujets qui font une réelle différence », a souligné M. al-Rashed.

« Malheureusement, les hommes politiques de la région consacrent 90% de leurs conversations à la politique. Je pense que c'est la raison pour laquelle les Saoudiens ont ce qu'on appelle 2030, une vision pour l'avenir. Et c'est ce qui occupe tout le monde », a-t-il conclu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.