Un vide dans l'histoire: les Afghans se souviennent de la destruction des Bouddhas de Bamiyan

La vallée de Bamiyan en Afghanistan (Photo, AFP).
La vallée de Bamiyan en Afghanistan (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 09 mars 2021

Un vide dans l'histoire: les Afghans se souviennent de la destruction des Bouddhas de Bamiyan

  • Après des années d'offensives destructrices dans tout le pays, les talibans, qui considéraient toute représentation d'une forme humaine comme un affront à l'islam, s'en sont pris aux Bouddhas
  • Sculptés au cœur d'une falaise au Ve siècle, ils ont été délogés à la dynamite par des gens du coin engagés par les talibans

BAMIYAN: Les gigantesques Bouddhas d'Afghanistan ont veillé sur la pittoresque vallée de Bamiyan pendant des siècles. Les deux statues ont survécu aux invasions mongoles et aux intempéries, jusqu'à l'arrivée des talibans qui, avec leur vision ultra-radicale de l'islam, n'ont pas hésité à anéantir ces trésors antiques.

Après des années d'offensives destructrices dans tout le pays, les talibans, qui considéraient toute représentation d'une forme humaine comme un affront à l'islam, s'en sont pris aux Bouddhas de Bamiyan. Ils les ont d'abord attaqués avec des tirs d'artillerie pour finir par les faire exploser en mars 2001.

Sculptés au cœur d'une falaise au Ve siècle, les Bouddhas ont été délogés à la dynamite par des gens du coin engagés par les talibans.

Ghulam Sakhi, un habitant de Bamiyan, se souvient encore avec amertume du rôle qu'il a été forcé de jouer dans cet affront à la culture préislamique du pays.

« Ce n'est pas un souvenir que l'on peut oublier », raconte-t-il, ajoutant avoir été attrapé sur le marché avec des dizaines d'autres pour aider à dynamiter les deux statues monumentales.

L'un des immenses bouddhas de Bamiyan (Photo, AFP).

« Je ne pensais qu'à sauver ma peau ce jour-là », se justifie-t-il.

La destruction des Bouddhas est considérée comme l'un des pires crimes archéologiques de l'histoire du monde. Elle a propulsé l'idéologie radicale des talibans sur le devant de la scène planétaire quelques mois à peine avant les attentats du 11-septembre qui ont provoqué l'intervention américaine dans le pays et la chute du régime taliban.

Mentionnées pour la première fois en 400 après JC dans les écrits d'un pèlerin chinois, les statues rappelaient l'importante présence bouddhiste au cœur des montagnes de l'Hindou Kouch, le long de la fameuse route de la soie. 

Les deux Bouddhas mesuraient 55 et 38 mètres de haut. Les statues, sculptées à la main dans les falaises de grès couleur caramel de Bamiyan, étaient entourées d'un réseau de caves, monastères et autres lieux saints. Aujourd'hui, on peut encore y distinguer des restes de fresques.

Pendant des générations, Sakhi et sa famille ont tiré fierté des trésors archéologiques qui attiraient les touristes du monde entier arpentant le célèbre « sentier hippie » dans les années 1960 et 1970.

« Les touristes étrangers arrivaient en grand nombre pour visiter les statues et beaucoup de gens, dont mon père, leur procuraient de la nourriture et d'autres choses pour de l'argent », raconte Sakhi.                    

« Le travail marchait bien. Tout le monde--les commerçants, chauffeurs, propriétaires terriens, et autres--en bénéficiait ».

Mais l'arrivée des talibans dans la vallée, avec leurs armes lourdes et leurs visions apocalyptiques, a ébranlé pour toujours le paysage de Bamiyan.

Les Bouddhas « étaient beaux à regarder, une source d'espoir pour les gens », se souvient Hamza Yosufi, un habitant témoin de la destruction des statues.

L'énorme explosion, filmée, a été ressentie dans la vallée entière, l'emplissant de poussière et fumée.

« C'était terrifiant... J'en ai eu le cœur complètement brisé, comme tout le monde », déplore-t-il.

« Ils vont tout détruire »

En Afghanistan, peu de lieux ont profité autant que Bamiyan de la chute du régime taliban.

La population locale, majoritairement chiite, a reconstruit des écoles, accueilli l'aide humanitaire à bras ouverts et remis sur pied l'un des rares sites attirant encore des touristes étrangers malgré la guerre qui continue de ravager le pays. 

La vallée, reculée, est considérée comme l'un des lieux les moins dangereux du pays.

Fresque bouddhique de Bamiyan (Photo, AFP).

« Si les Bouddhas étaient encore debout, l'industrie touristique aurait aujourd'hui prospéré », regrette Ishaq Mowahed, directeur du département pour la culture de Bamiyan.          

Malgré tout, les niches vides dans la falaise attirent toujours des touristes, insiste-t-il, tout comme les paysages idylliques de Bamiyan, propices à la randonnée. 

Mais la lente renaissance touristique de la vallée est menacée par les craintes d'un retour au pouvoir des talibans après la signature d'un accord entre les insurgés et Washington l'an dernier entérinant le retrait des troupes étrangères d'ici mai 2021.

Rares sont ceux qui pensent que les forces afghanes peuvent faire face aux talibans sans la protection des forces aériennes et forces spéciales américaines.

« Si les talibans reviennent avec la même idéologie qui a mené à la destruction des Bouddhas, ils vont détruire tout ce qui reste », s'inquiète Mowahed.

Dans un communiqué le mois dernier, les talibans se sont pourtant engagés à protéger l'héritage culturel du pays. 

Personne n'a le droit « d'excaver, transporter ou vendre des antiquités où que ce soit, ou de les emmener hors du pays sous un autre nom », ordonne ce texte.

Mais à Bamiyan, il reste difficile de faire confiance aux talibans.

« C'était un crime et le monde ne peut et ne doit pas pardonner ou oublier », explique Anar Gul, 23 ans et diplômé en archéologie de l'Université de Bamiyan.


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
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  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
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  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
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  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".