L’Iran passé maître dans l’art de manipuler la faiblesse américaine

L'ancien secrétaire d'État américain Mike Pompeo a parlé, dans une interview exclusive avec Arab News, de la menace sérieuse que représente le régime iranien. (Photo Arab News/ capture d'écran)
L'ancien secrétaire d'État américain Mike Pompeo a parlé, dans une interview exclusive avec Arab News, de la menace sérieuse que représente le régime iranien. (Photo Arab News/ capture d'écran)
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Publié le Jeudi 11 mars 2021

L’Iran passé maître dans l’art de manipuler la faiblesse américaine

  • L’ancien secrétaire d’État estime que protéger les soldats américains au Moyen-Orient nécessite une réponse américaine ferme à l’Iran
  • Refuser aux Saoudiens «le droit de se défendre est tout simplement de la folie, et pourtant, c’est bien la direction que semble prendre cette administration»

RIYAD : L'administration américaine a la responsabilité de s’opposer aux efforts qui tentent d’affaiblir l'Arabie saoudite, a déclaré l'ancien Secrétaire d'État américain Mike Pompeo dans une interview exclusive à Arab News. Il ajoute que refuser aux Saoudiens «le droit de se défendre est tout simplement de la folie, et pourtant, c’est bien la direction que semble prendre cette administration».

Il a affirmé que «les dirigeants iraniens savent comment tirer profit de la faiblesse américaine» et que pour dissuader le régime, il faudra «un message cohérent et solide» et «la volonté de lui en faire payer le prix».

Pompeo s’oppose fermement au retrait de la désignation de terroriste à la milice yéménite Houthi par l’administration Biden. Il rappelle que «personne ne conteste le fait que les Houthis soit des terroristes, et personne ne conteste non plus le fait que les Iraniens les soutiennent».

Au cours de l'interview, l’ancien secrétaire a abordé un certain nombre de questions importantes, notamment la montée en flèche des attaques contre les zones peuplées et les infrastructures pétrolières saoudiennes, la perception iranienne des mesures de politique étrangère de l'administration Biden, le rôle des Houthis dans l'aggravation de la crise humanitaire au Yémen, et la gestion par l'administration Trump des relations américano-saoudiennes.

«En fin de compte, les dirigeants iraniens, le (guide suprême) l'ayatollah (Ali Khamenei) et son entourage comprennent une chose: ils comprennent le langage de la force. Et quand ils agissent, et qu'ils voient des faiblesses ou qu'ils voient un apaisement ou qu'ils s'attendent à ce qu'il y ait un apaisement, ils vont continuer à agir», a déclaré Pompeo.

Tirant la sonnette d’alarme, il a précisé: «Donc, que ce soit par les frappes de missiles que (les Iraniens) ont entreprises, ou les efforts qu'ils ont déployés pour continuer à faire pression sur l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) pour réfuter ce que nous savons tous, leur programme clandestin, les sites clandestins où ils détenaient des armes de destruction massive qui n'ont pas été déclarées - voilà le genre de choses que nous continuerons de constater, jusqu’à ce que le monde, pas uniquement les États-Unis, mais le monde entier, l'E3 (Royaume-Uni, France, Allemagne) inclus, dise que «cela suffit, nous n'allons plus permettre que cela se produise.»

Pompeo, originaire du Kansas, était membre du Congrès. Il a ensuite été directeur de la CIA sous la présidence de Donald Trump, avant d'être nommé et confirmé comme Secrétaire d'État en 2018. Sous sa direction, les États-Unis ont adopté une campagne de «pression maximale» pour isoler le régime iranien, tout en gardant ouverte l'option d'une frappe militaire pour «assurer la sécurité des Américains».

Depuis son départ en janvier, Pompeo a continué à prendre la parole et a refusé d'exclure une éventuelle candidature à la présidentielle de 2024 si son ancien patron, Trump, ne se présente pas. En plus de nous faire part de ses projets d’aider les Républicains et de militer pour les conservateurs, Pompeo a critiqué la nouvelle administration américaine pour avoir refusé de donner la priorité à l'Amérique, en particulier dans le contexte du Moyen-Orient.

Pompeo assure à Arab News que ce qui le préoccupe, ce ne sont pas seulement les «messages envoyés par l'administration (Biden); mais l’orientation politique qu’elle dit avoir l’intention de suivre».

«L’administration Biden a clairement indiqué qu’elle préfère s’engager à nouveau des négociations étroitement liées au PAGC de 2015», a-t-il déclaré, faisant référence au Plan d’action global conjoint, communément appelé «accord nucléaire iranien».

L'accord a été conclu en juillet 2015 entre l'Iran et le P5 + 1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, plus l'Allemagne) ainsi que l'Union Européenne. L'administration Trump a retiré les États-Unis du PAGC en mai 2018, invoquant les failles de son caractère temporaire, son manque de contrôle sur le programme de missiles balistiques de l'Iran et le «comportement malveillant» de l'Iran en Syrie et ailleurs au Moyen-Orient.

«Examinons les actions. Jusqu'à présent, l'administration a retiré de la liste une organisation terroriste. Personne ne conteste, personne ne conteste le fait que les Houthis sont des terroristes. Et personne ne conteste le fait que les Iraniens les soutiennent», a affirmé Pompeo.

«Cette administration dit: «Nous allons les retirer de la liste. «Cette administration a travaillé aux côtés de l'AIEA pour dire: «Non, nous n'allons pas publier de rapport sur ce matériel qui a été (trouvé) dans des endroits non déclarés».

«Ils vont maintenant permettre à l'argent du FMI et de la République de Corée d’affluer dans les coffres iraniens. C’est ce genre de concessions avant qu’il n’y ait eu de discussions sur la possibilité même d’entrer dans une négociation. Cela fait montre de faiblesse et, je vous en assure, les dirigeants iraniens savent comment tirer profit de la faiblesse américaine».

Décrivant l'Arabie saoudite comme «un important partenaire de sécurité» pour les États-Unis, Pompeo a déclaré: «Pendant très longtemps, je pense que nous avons négligé ce fait. Lorsque nous y parviendrons, nous pourrons envoyer un nombre moins important de nos jeunes hommes et femmes, jeunes hommes et femmes américains, au Moyen-Orient, confrontés à des risques, et nous pourrons les soutenir.

Expliquant comment cela pourrait être réalisé, il a précisé: «Cela commence toujours par un engagement, un engagement diplomatique, un engagement du président des États-Unis, qui affirme que nous comprenons que vous, en Arabie saoudite, avez le droit de vous défendre alors que des missiles sont lancés contre votre pays. Leur ôter le droit de se défendre est tout simplement de la folie, et pourtant, c’est bien la direction que semble prendre cette administration».

«Deuxièmement, nous avons travaillé avec le Royaume d'Arabie saoudite sur un plus large éventail de questions, notamment la vente d'armes, éléments visant à la sécurité de la population du Royaume d'Arabie saoudite», rappelle-t-il.

Pompeo a rejeté les critiques selon lesquelles l'administration Trump a bafoué les droits de l’homme dans le processus. «Rien ne pourrait être plus loin de la vérité», a-t-il dit. «Nous avons soutenu le Royaume d'Arabie saoudite alors qu'il commençait à s'ouvrir de l'intérieur, pour permettre aux femmes d'être plus actives et de s’adonner à des activités qui leur étaient interdites depuis très longtemps. De réels progrès ont été réalisés».

Il a fait valoir que l'administration Trump a adressé des remontrances aux Royaume lorsque des erreurs s’étaient produites. Dans le dossier de l’assassinat de Jamal Khashoggi, l'administration a sanctionné les agents impliqués dans l’affaire.

À l'époque, le Royaume avait admis qu'en 2018, un certain nombre d'agents avaient outrepassé leur autorité et fini par tuer le journaliste au consulat saoudien à Istanbul, en Turquie. Un procès a vu cinq Saoudiens ont condamnés à mort, et trois autres à des peines de prison, à la suite de cet assassinat.

Néanmoins, Pompeo a réitéré le fait qu'avoir une «relation de sécurité approfondie avec le Royaume était lié à la sécurité de l'Amérique et à la sécurité de tout le Moyen-Orient».

Il a établi un contraste saisissant entre la politique de Trump au Moyen-Orient et celle de son successeur. «Nous avions trois principaux axes d'efforts. Le premier était de mettre en place une coalition contre le plus grand État commanditaire du terrorisme au monde, le régime iranien. Et nous l'avons fait», a déclaré Pompeo.

«Nous avons mis en place une coalition comprenant Arabes et Israéliens. Elle comprenait également d'autres pays qui étaient prêts à nous aider à patrouiller dans le détroit d'Ormuz. Nous avons bâti une véritable coalition mondiale contre l'Iran pour le dissuader d’effectuer des attaques militaires».

«En second lieu, nous avons exercé une énorme pression économique sur le régime iranien. Nous l’avons sanctionné; nous nous sommes assurés que les Iraniens ne pourraient pas vendre leur pétrole brut dans le monde - toutes choses qui forceraient le régime iranien à prendre des décisions difficiles sur la façon de dépenser ses ressources.»

«Si vous voulez financer le Hezbollah, vous allez avoir moins d’argent pour nourrir votre peuple et en prendre soin. Si vous voulez soutenir les milices irakiennes, si vous voulez aider le régime d'Assad en Syrie... Nous avons imposé de lourdes contraintes financières, dans l'espoir qu'ils en tireraient la conclusion que réaliser leur programme nucléaire et leur programme de missiles n’est pas dans le meilleur intérêt de leur pays».

Pompeo a poursuivi: «La troisième chose que nous avons faite, est d’avoir soutenu le peuple iranien. C'est différent de ce que l'administration Obama a fait. Nous étions conscients du fait que le peuple iranien lui-même souhaitait vivre une vie qui ne soit pas très différente de celle que vivent les gens du monde entier - et que les théocrates, les kleptocrates au pouvoir en Iran aujourd'hui, pouvaient avoir les systèmes d'armement, mais pas les cœurs et l’esprit du peuple iranien.

«Nous avons donc fait tout notre possible pour soutenir le peuple iranien. Ces trois piliers clés de notre politique marquaient la bonne direction. Ils représentaient le meilleur moyen de dissuader l’Iran d’attaquer les pays arabes, de sorte que l’intention déclarée par l’Iran de rayer Israël de la carte ne se concrétise pas.»

Pompeo affirme qu’il n’y a aucune raison de remettre en question l’état d’esprit du régime iranien. «Ils ont clairement indiqué qu’ils étaient prêts à faire des choses dans le monde entier, avec ce qu’ils considéraient comme étant la garantie de leurs droits dans le monde», a-t-il déclaré à Arab News.

«Lorsque j'étais Secrétaire d'État, j'ai beaucoup parlé de leurs efforts pour mener des campagnes d'assassinats dans toute l'Europe».

«Certains de leurs agents ont été arrêtés et emprisonnés en Europe. Cela m’a toujours déconcerté de voir l’E3 continuer à se rapprocher des Iraniens et de l’accord du PAGC pour dire «Non, c’est la bonne direction», alors qu’en fait, les Iraniens essayaient de tuer des gens à l’intérieur de chacun de leurs pays».

«Nous le constatons également ici aux États-Unis. N'oublions pas qu'il n'y a pas si longtemps, les Iraniens avaient comploté pour tuer l'ambassadeur saoudien ici même, pas très loin de l'endroit où je suis assis aujourd'hui, à Washington D.C.

«Ils ont une campagne mondiale, une campagne mondiale d’espionnage, un effort mondial d’assassinats, le tout pour défendre une poignée de hauts dirigeants à l’intérieur de l’Iran, qui siphonnent les fonds restants à la disposition des Iraniens. Nous ne pouvons pas continuer à souscrire à cela.»

«Nous ne pouvons pas lever ces sanctions tant que l’Iran n’a pas libéré tous les prisonniers américains, tant que l’Iran n’a pas compris qu’il est inacceptable de se livrer à ce genre de comportement. Nous ne pouvons pas récompenser ça, les récompenser avec des ressources financières, les inciter à continuer à agir ainsi et leur fournir les capitaux nécessaires pour poursuivre ces programmes.»

S'agissant de sa décision de désigner les Houthis comme une «organisation terroriste étrangère», Pompeo a affirmé à Arab News: «Bien sûr. C'était une simple mesure qui a été appliquée par l'administration (Trump). C'était simple. Il n’a pas fallu beaucoup de travail pour y parvenir».

«Mais, voyez-vous, l’administration (Biden) ne peut pas nier qu’il s’agit de terroristes, bien qu’elle affirme maintenant que les Houthis n’étaient pas des terroristes. Je comprends les préoccupations du monde face aux défis humanitaires au Yémen. L’administration Trump a effectivement dépensé une grande partie de l’argent des contribuables américains pour faire en sorte que les citoyens ordinaires du Yémen ne souffrent pas de la famine, et nous avons convaincu les Saoudiens et les Émiratis de faire de même».

«Nous avons travaillé très sur ce sujet. Nous nous sommes assurés, du mieux que nous le pouvions, que la nourriture entre dans ce pays. Mais les personnes qui empêchaient l'aide mondiale d'atteindre ceux qui avaient réellement besoin de cette nourriture et de ces médicaments étaient, en fait, les Houthis.

Faisant allusion à la décision du président Joe Biden de retirer la qualification de «terroriste» de la milice, il a déclaré: «Les Houthis ont maintenant démontré que si vous continuez à bloquer les routes de transit, si vous continuez à menacer les ports, si vous continuez à tenter de gagner du terrain, comme ils essaient de le faire à Marib aujourd'hui, s'ils continuent dans cette voie, ils seront récompensés par un allégement des sanctions. C’est la mauvaise direction. Ils ne comprennent que le langage de la force. Nous avons maintenant démontré que nous sommes prêts à leur donner quelque chose, alors qu’en fait, ils n’ont fait aucune concession.»

La semaine dernière, les cours à terme sur le Brent ont bondi au-dessus de 70 dollars pour la première fois en plus d'un an, après que les installations pétrolières saoudiennes ont été ciblées par des missiles et des drones. Un parc de réservoirs de pétrole dans l'un des plus grands ports de transport de pétrole au monde a été attaqué par un drone, tandis qu'un missile balistique ciblait les installations de Saudi Aramco, selon l'agence de presse officielle SPA. Les éclats du missile intercepté sont tombés près des zones résidentielles de la ville de Dhahran.

«Souvenez-vous que lorsque l’installation de Saudi Aramco a été prise pour cible durant notre administration, j’ai indiqué très clairement la provenance de ces missiles. Ils ne venaient pas du Yémen. C'étaient des missiles iraniens lancés par les Iraniens», a précisé Pompeo à Arab News.

«Cet effort continu pour déstabiliser le Royaume d'Arabie saoudite et pour menacer les gens, qu'ils soient à Dhahran - où se trouvent beaucoup, beaucoup d'Américains - ou à Riyad, constitue une menace réelle pour la stabilité dans tout le Moyen-Orient. Notre administration ici en Amérique, les administrations de toute l'Europe, ont la responsabilité de lutter contre cela et de faire payer aux Iraniens le prix de ce genre d’inconduite. Il est vraiment étrange que, d’une certaine façon, le lancement de missiles iraniens soit devenu, du moins pour cette administration, quelque chose qui n’est pas considéré comme exigeant une réponse directe», insiste-t-il.

«Il y a peu d'endroits dans le monde où cela serait autorisé sans une réaction sérieuse du monde occidental, et cela supposerait une réponse sérieuse, au moins pour la forme, de la part de l'ONU. J'espère que cela aura lieu». Pompeo dit qu’il est «difficile de savoir au jour le jour» si le risque aujourd'hui est plus élevé qu'il ne l’était il y a une semaine ou deux. Nous le savons: dissuader le régime iranien nécessite un message cohérent et solide et une volonté d’imposer un coût aux dirigeants iraniens.»

Alors, que pense Pompeo des frappes militaires américaines en Syrie le mois dernier, sur un site utilisé par deux milices irakiennes soutenues par l'Iran, apparemment en réponse à des attaques à la roquette contre les forces américaines en Irak? Le président Biden a décrit la frappe comme un message à l’Iran: «Vous ne pouvez pas agir en toute impunité, faites attention».

Pompeo a affirmé que «si la réponse à l'agression iranienne était de lancer des missiles dans le désert, ou de frapper un bâtiment d'approvisionnement en Syrie, ce qui n'a pratiquement pas d’effet sur le régime iranien lui-même, si ce sont là les réponses, alors il est peu probable de pouvoir établir des moyens de dissuasion pour protéger et défendre nos soldats qui sont stationnés dans tout le Moyen-Orient, pas seulement en Arabie saoudite, mais dans tout le Moyen-Orient».

De son point de vue, «nous avons l’obligation de bien faire les choses et il faudra une forte réponse américaine pour les dissuader d’agir de cette façon».

Encouragés peut-être par la campagne réussie visant à amener Biden à retirer la désignation de «terroriste» appliquée aux Houthis durant l'ère Trump, certains dirigeants religieux, politiques, et humanitaires, ont récemment signé une lettre appelant le président américain à lever les sanctions économiques contre la Syrie. Mais Pompeo considère que la loi César sur la protection des civils en Syrie est «vraiment importante».

«La bonne nouvelle est que c'était un effort émanant des deux partis, ce n'était pas seulement l'administration Trump», a-t-il précisé à Arab News. «Cela m'a donné le pouvoir, en tant que Secrétaire d'État à ce moment, de prendre des mesures concrètes et de répondre sous l'autorité de la loi César. C'était très efficace. Cela a mis la pression sur les hommes d'affaires syriens qui avaient des liens étroits avec l'Iran. Cela a mis la pression sur le Hezbollah et les hommes d'affaires qui soutenaient le Hezbollah.»

«C'était incroyablement efficace. J'espère que la loi César et son application par l'administration se poursuivront».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com   


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.