Sur la sellette au Xinjiang, Pékin manie l'art et la manière

La région est une grande importatrice de coton (Photo, AFP).
La région est une grande importatrice de coton (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Samedi 03 avril 2021

Sur la sellette au Xinjiang, Pékin manie l'art et la manière

  • Pékin et plusieurs capitales occidentales sont à cran depuis l'imposition la semaine dernière de sanctions contre des dirigeants passés ou actuels du Xinjiang
  • Face aux accusations occidentales, Pékin s'est lancé dans une contre-attaque médiatique

PEKIN: Danses folkloriques, tenues traditionnelles et paysages bucoliques : en pleine confrontation avec les Occidentaux au sujet des musulmans ouïghours, la Chine riposte à domicile avec notamment... une comédie musicale montrant une vision enchanteresse du Xinjiang.

Pékin et plusieurs capitales occidentales sont à cran depuis l'imposition la semaine dernière par l'Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada et les Etats-Unis de sanctions contre des dirigeants passés ou actuels du Xinjiang, pour violation des droits de l'Homme dans cette région autonome du nord-ouest du pays. 

Face aux accusations occidentales, Pékin s'est lancé dans une contre-attaque médiatique.

La comédie musicale « The Wings of Songs » (« Les ailes des chants »), sortie dimanche en Chine et présentée comme une carte postale de la vie au Xinjiang, ne laisse apparaître aucune image controversée. 

Dans ce film tourné façon Bollywood, point de caméras de surveillance ou de portiques de sécurité, pourtant légion au Xinjiang, ni de forces de l'ordre équipées de boucliers anti-émeute. 

Depuis quelques années, Pékin impose à la région une surveillance policière draconiennes après des attentats visant des civils, attribués à des séparatistes ou des islamistes ouïghours.

Aucune référence à l'islam non plus : ni mosquée ni femme voilée à l'horizon, alors que plus de la moitié de la population est de religion musulmane.

Dans une scène, l'un des personnages principaux, un Ouïghour bien rasé, trinque une bière à la main, sans égard pour l'interdit de l'alcool par l'islam.

« De nombreux amis ouïghours »

Le film, en revanche, met l'accent sur la bonne entente entre les Hans (majoritaires en Chine) et les différentes minorités ethniques du Xinjiang (Ouïghours mais aussi Kazakhs, Kirghiz ou Tadjiks). 

Ces dernières sont montrées en tenues traditionnelles et certaines se livrent à des danses folkloriques. Les images, tournées au milieu de paysages naturels époustouflants (canyons, prairies, lacs, montagnes enneigées), sont très colorées.

« J'ai été au Xinjiang et le film est très réaliste [...] J'ai de nombreux amis ouïghours et j'ai logé chez eux », indique un spectateur qui n'a pas souhaité donner son nom.

Au Xinjiang, « les gens sont heureux, libres et ouverts », assure-t-il, réfutant toute allégation de travail forcé.

Sur fond de nationalisme, plusieurs marques étrangères qui s'étaient engagées l'an dernier à ne plus s'approvisionner en coton du Xinjiang en raison de soupçons de « travail forcé » font l'objet d'un boycott en Chine depuis la semaine dernière -- en particulier le géant suédois du prêt-à-porter H&M.

Récolter du coton est « une tradition » dans la région qui permet aux habitants de « gagner de l'argent », précise le spectateur d'une quarantaine d'années. 

Un clip de rap au ton résolument nationaliste est également devenu viral ces derniers jours. Relayé par les médias, il fustige les « mensonges » des « colons occidentaux » sur le coton du Xinjiang. 

De son côté, la télévision nationale multiplie reportages et témoignages sur l'automatisation de la récolte du coton au Xinjiang, réfutant les accusations de « travail forcé ». 

« Image élogieuse »

Les réseaux sociaux sont inondés de vidéos censées montrer « le vrai Xinjiang », mettant l'accent sur la beauté des paysages, à grand renfort d'images de drone.

Et une exposition photo à Pékin immortalise des tranches de vie au Xinjiang, où la population est montrée heureuse et souriante. 

Tout comme le film, l'événement ne suscite la curiosité que d'une poignée de visiteurs.

Certains clichés vantent les « progrès » réalisés dans la région, longtemps isolée géographiquement et tenue à l'écart du développement fulgurant du reste de la Chine.

Le développement du Xinjiang est le principal argument sur lequel insiste Pékin lorsqu'il évoque sa politique dans la région. La question de l'emploi est également un thème récurrent. 

Accusée par des organisations de défense de droits de l'Homme de détenir plus d'un million de personnes dans des « camps », la Chine répond qu'il s'agit de « centres de formation professionnelle », destinés à aider la population à trouver un emploi et ainsi l'éloigner de l'extrémisme religieux.

Les médias étrangers ne peuvent travailler en toute indépendance au Xinjiang. Les journalistes y sont régulièrement suivis et peuvent faire l'objet d'intimidations pour leurs reportages.

Donner « une image élogieuse » du Xinjiang est « un classique de la propagande » du Parti communiste (PCC) au pouvoir, estime Larry Ong, du cabinet SinoInsider, basé aux Etats-Unis.

Le PCC « sait qu'un ‘mensonge répété mille fois devient une vérité’ », relève-t-il.


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Short Url
  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Short Url
  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Short Url
  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.