A New York, la pandémie pousse des juifs orthodoxes à quitter leur communauté

Manifestation contre les mesures restrictives liées au coronavirus dans un quartier où habite une communauté de juifs ultra-conservateurs, le 15 octobre à New York (Photo, AFP).
Manifestation contre les mesures restrictives liées au coronavirus dans un quartier où habite une communauté de juifs ultra-conservateurs, le 15 octobre à New York (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Dimanche 04 avril 2021

A New York, la pandémie pousse des juifs orthodoxes à quitter leur communauté

  • Deux mois après le début du confinement, Ella, 29 ans, a quitté la communauté juive ultra-orthodoxe dans laquelle elle avait grandi, près de New York
  • En mars 2020, avec le confinement, elle et son mari se sont retrouvés coupés de leur famille et de leurs amis. Et ont commencé à réfléchir vraiment à une rupture

NEW YORK: Deux mois après le début du confinement, Ella, 29 ans, a quitté la communauté juive ultra-orthodoxe dans laquelle elle avait grandi, près de New York. Pour la première fois, elle s'est mise à porter des pantalons, et a contacté une organisation qui aide les « partants » à s'adapter à vivre dans une société élargie.

Ella - un nom d'emprunt, car sa famille n'est pas encore prévenue de sa rupture - dit s'être toujours intéressée au monde hors de sa famille « extrêmement religieuse ». Plus jeune, elle cachait sous son matelas des romans d'amour, et prenait quelques libertés avec les règles vestimentaires de la communauté.

A l'été 2019, elle et son mari ont fait un premier pas vers une rupture avec leur communauté haredi, en déménageant dans un quartier « légèrement plus compréhensif », à quelques kilomètres de chez ses parents, dit-elle.

En mars 2020, avec le confinement, ils se sont retrouvés coupés de leur famille et de leurs amis. Et ont commencé à réfléchir vraiment à une rupture.

« Nous avons eu le temps de cimenter notre nouvelle identité et de prendre confiance en notre décision, avant d'avoir à affronter qui que ce soit », dit Ella.

Confinement contesté

Comme 150 personnes, elle a rejoint en 2020 l'association new-yorkaise Freidom, qui soutient les personnes cherchant à quitter « des milieux religieux insulaires ». 

La région new-yorkaise, avec quelque deux millions de juifs, du plus pratiquant au plus laïc, compte plusieurs associations semblables à Freidom. Plusieurs d'entre elles ont indiqué à avoir reçu des sollicitations croissantes depuis un an.

Tous ne sont pas de nouveaux « partants » : parfois, ce sont des personnes comme Ben, 25 ans, qui avait quitté sa femme - épousée après un mariage arrangé - juste avant le confinement, et a sollicité Freidom car la pandémie l'avait soudain coupé de ses enfants.

Une autre association d'aide aux partants, Footsteps, a vu ses membres augmenter de 18% en 2020, selon une de ses responsables, Yael Reisman.

Pour elle, les grands mariages ou funérailles organisés par certains rabbins orthodoxes l'été dernier en dépit des consignes de distanciation, ajoutés au lourd bilan du coronavirus dans les communautés hassidiques au début de la pandémie, ont contribué aux remises en question.

Certains quartiers de Brooklyn à forte population orthodoxe, comme Borough Park, ont résisté - y compris via des manifestations - aux restrictions sanitaires, poussant les autorités à intervenir et suscitant la controverse.

« Vous commencez à vous dire que les gens auxquels vous faites confiance ne font peut-être pas les choses comme il faut », dit Reisman.

Footsteps a aussi été très sollicitée pour aider des membres de longue date, poussés dans la précarité par la pandémie. 

Shaya Schtroks, un ancien rabbin qui a rompu avec le Hassidisme il y a neuf ans, dit ainsi avoir reçu « une aide cruciale » de 10 000 dollars, après que son agence immobilière eut sombré.

Aucun chiffre

La généralisation des évènements en ligne a facilité les adhésions à ces organisations, notamment pour les personnes qui n'habitent pas New York même.

En même temps, beaucoup de plaisirs tentants d'une vie moins stricte - spectacles, sorties - ont disparu.

La pandémie « pousse plus de gens à partir. Mais je crois aussi qu'elle ralentit le processus », dit Yael Reisman.

Le thème de la rupture avec la communauté orthodoxe haredi est devenu plus grand public avec la série à succès « Unorthodox », sortie en 2020 sur Netflix.

Mais il n'y a aucun chiffre permettant d'évaluer l'importance du phénomène, souligne le sociologue new-yorkais Schneur Zalman Newfield. Les communautés elles-mêmes gardent le silence là-dessus, et ceux qui partent le font souvent en secret.

« Je crois que c'est plus fréquent, les gens qui sont dedans sont plus conscients du processus », dit ce spécialiste, auteur d'un livre sur le sujet.

Face à ces défections, les responsables de la communauté orthodoxe font valoir la solidarité qui prévaut en leur sein. 

Il y a « beaucoup de ressources disponibles » pour les gens mis en difficulté par la pandémie, dit Yaacov Behrman, un rabbin porte-parole pour le siège de la communauté Chab Lubavitch à Brooklyn.

Project Makom, programme destiné à aider ceux qui doutent à trouver leur place dans l'orthodoxie, a aussi vu ses adhésions doubler, de 85 en 2019 à environ 160 en 2020, selon sa fondatrice, Allison Josephs.

« Beaucoup de gens restructurent leurs priorités en ce moment, notre communauté n'est pas différente des autres », dit-elle.

Ella, elle, a célébré modestement cette semaine les fêtes de la Pâque juive.  

« J'ai enfin la possibilité de penser par moi-même, mais je n'en ai pas exactement l'habitude. Donc j'essaie de réfléchir à ce que je veux pour l'avenir ».


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Short Url
  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Short Url
  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Short Url
  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.