A Gondar, les Juifs éthiopiens se languissent d'Israël

Un membre de la communauté juive de Gondar (Photo, AFP).
Un membre de la communauté juive de Gondar (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mardi 13 avril 2021

A Gondar, les Juifs éthiopiens se languissent d'Israël

  • Le cimetière juif situé à flanc de coteau à Gondar, dans le Nord-Ouest de l'Ethiopie, n'avait pas vocation à devenir aussi grand
  • Les milliers d'Ethiopiens juifs qui y reposent avaient espéré vivre et mourir en Israël, mais ont été confrontés à des obstacles insurmontables

GONDAR: Le cimetière juif situé à flanc de coteau à Gondar, dans le Nord-Ouest de l'Ethiopie, n'avait pas vocation à devenir aussi grand. Les milliers d'Ethiopiens juifs qui y reposent avaient espéré vivre et mourir en Israël, mais ont été confrontés à des obstacles insurmontables.

« J'espère qu'Israël va prendre ses responsabilités avant que nous ne mourions tous ici », a expliqué Sitotaw Alene, 49 ans, lors d'une visite du cimetière de Gondar, dans la région Amhara, où sa sœur est enterrée. 

« Nous tombons tous comme des feuilles » mortes, a-t-il ajouté. 

Une récente opération conduite entre décembre et mars, au cours de laquelle 2 000 Ethiopiens juifs ont été transférés en Israël, est venue donner un peu de baume au cœur à la communauté.

Mais il s'agit là d'une petite fraction des candidats à l'immigration juive en Israël - et pour le moment, il n'y a pas d'autre opération prévue.

Pour Sitotaw, les autorités israéliennes doivent faire vite, avant qu'il ne soit trop tard pour lui et le reste de la communauté.

« Ce qui m'inquiète, c'est que le cimetière est presque plein », dit-il en désignant une section où les pierres tombales bleues et blanches surmontées de l'étoile de David empiètent sur les champs de blé voisins. D'ici peu, « nous n'aurons même plus de place pour une sépulture à nous ».

Le cimetière juif de Gondar (Photo, AFP).

Une grande partie de la communauté juive d'Ethiopie a pu gagner Israël dans les années 1980 et 1990.

Certains furent transférés à bord de vols secrets via les camps de réfugiés du Soudan voisin lors d'une audacieuse mission portée à l'écran dans le film « The Red Sea Diving Resort » (« Opération Brothers » en français, sorti en 2019). 

Puis une autre opération baptisée « Salomon » permit de transporter près de 15 000 Ethiopiens vers Israël en 1991.

Partir coûte que coûte

Ceux qui sont restés en Ethiopie sont désignés comme des « Falashmoras », un terme péjoratif qui souligne leur statut de descendants de Juifs convertis au christianisme aux XVIIIe et XIXe siècles, pour beaucoup sous la contrainte.

S'ils se considèrent comme juifs, ils ne sont pas reconnus comme tels par les autorités rabbiniques et ne peuvent prétendre bénéficier de la « Loi du retour », qui garantit à tout Juif de pouvoir immigrer en Israël.

Ils ne peuvent gagner Israël qu'au titre de regroupement familial qui implique d'avoir déjà un parent installé sur place.

Les autorités israéliennes travaillent sur une liste d'attente de quelque 8 000 candidats à l'immigration.

Les responsables de la communauté juive d'Ethiopie assurent que leur nombre est bien supérieur : plus de 10 000 pour la seule ville de Gondar et environ 3 800 dans la capitale Addis Abeba.

A Gondar, les Ethiopiens juifs s'entassent dans des masures aux murs de boue séchée et aux toits en tôle ondulée, survivant essentiellement de petits boulots.

La vie s'organise autour de la synagogue Hatikvah (« Espoir »), qui offre des rations alimentaires pour les enfants, des soins médicaux gratuits et abrite une bibliothèque où les étudiants peuvent apprendre l'hébreu.

En dépit de ces services, les membres de la communauté n'ont qu'une idée en tête : partir en Israël dès qu'ils le pourront.

Nigist Abege, 46 ans, assure que « rien ne lui manquera » de l'Ethiopie si elle parvient à rejoindre ses parents en Israël.

« Mon seul vœu est de voir ma famille », dit-elle.

Choc culturel

La communauté a dans son ensemble été préservée du conflit qui se déroule dans la région voisine du Tigré, plus au Nord.

Mais pas tous : Girmaw Gete, qui avait rejoint les forces spéciales de la région de l'Amhara pour se préparer au service militaire en Israël, a été envoyé au Tigré en novembre pour combattre les forces tigréennes aux côtés de l'armée fédérale. Il y est mort au combat.

Une sentinelle armée garde une synagogue de Gondar (Photo, AFP).

A présent, sa mère, Azanu Girma, ne peut s'empêcher de penser que son fils serait encore en vie si la famille avait pu immigrer en Israël comme elle le souhaite.

Pour ceux qui ont réalisé leur rêve, la réalité est parfois brutale. Les membres de la communauté éthiopienne d'Israël dénoncent régulièrement discriminations raciales et abus de la police.

Nigussie Alemu, qui travaille à la synagogue Hatikvah, connaît très bien ces difficultés, lui qui a enseigné en Israël.

Il insiste sur le fait que l'éducation est la clé pour surmonter l'inévitable « choc culturel » qui attend les nouveaux arrivants.

« Beaucoup d'Ethiopiens en Israël sont illettrés, même dans leur langue maternelle. Je suis ici pour réduire le fossé », explique l'enseignant.

Mais, racisme mis à part, les Juifs de Gondar veulent se concentrer sur le positif.

« Quand je suis allée là-bas, c'était comme une renaissance », explique Ayele Andebet, 23 ans, qui a passé six mois en Israël dans une yeshiva, une école talmudique, et qui espère y retourner de façon permanente. « Ce fut très difficile de partir mais c'est la volonté de Dieu qui fait que je suis ici, à attendre ».


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Short Url
  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Short Url
  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Short Url
  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.