Nadiya Lazzouni à Arab News en français: «ils veulent me bâillonner, mais je continuerai de parler»

Nadiya Lazzouni (Photo fournie)
Nadiya Lazzouni (Photo fournie)
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Publié le Dimanche 13 juin 2021

Nadiya Lazzouni à Arab News en français: «ils veulent me bâillonner, mais je continuerai de parler»

  • «Je me considère pleinement française. Je connais les droits et les principes qui encadrent la vie en société. Je n’ai pas à m'excuser d'être la personne que je suis. J’ai le droit de cité, et celui d’exister dans cette société»
  • «Plus personne en France ne peut nier aujourd’hui que la haine antimusulman grandit dans notre pays»

PARIS: Récemment menacée de mort, la journaliste française Nadiya Lazzouni se dit bouleversée, effrayée, mais aussi étonnée. Elle dénonce les discriminations dont elle fait l’objet, et un climat de plus en plus «délétère» en France. Ces menaces interviennent alors que des lieux de cultes musulmans ont récemment été la cible de dégradations. Nadiya Lazzouni en appelle l’Élysée pour assurer sa sécurité. Pour la journaliste, le climat actuel est devenu une véritable «chasse aux sorcières». Arab News en français l’a rencontrée.

Nadiya Lazzouni, vous avez reçu une lettre de menaces de mort… Que disait-elle?

Je rentrais de Normandie, où j'avais passé un week-end en famille. C’est là que j’ai découvert à mon domicile une lettre de menaces de mort. L’auteur de la lettre anonyme a écrit qu’il allait «se débarrasser de ce chiffon» en faisant référence à mon foulard, et qu’il allait ensuite «le remplir avec ma cervelle». Puis il a menacé la communauté musulmane de France en employant ces mots: «Trois millions de musulmans en six mois, c’est mathématiquement raisonnable. Nous allons vous pourchasser, vous tirer une balle dans la nuque… Bande de p*** d’islamistes». En plus de l’effroi, j’ai été vraiment surprise, parce que dans mon travail et mes prises de paroles publiques, j’ai toujours promu un message de paix et de vivre- ensemble.

Pourquoi selon vous, faites-vous l’objet de telles menaces? Peut-on penser à un acte isolé?

Absolument pas. Je suis journaliste. J’ai été médiatisée dans le cadre de débats autour de la liberté religieuse. C’est ainsi que j’ai été connue du grand public. Dernièrement, les politiques, principalement la droite, ont voté certaines lois qui visent à interdire le port du voile dans certains contextes. Ce qui a remis au goût du jour les débats auxquels j’ai pu participer. Mes interventions sont devenues plus populaires, m’ont donné plus de visibilité. Je suis l’antithèse du fantasme que l’on se fait de la femme musulmane qui arbore un foulard en France. On a toujours essayé de faire croire aux Français, que la femme qui porte le foulard est une femme molestée, opprimée, enfermée dans la cuisine à faire du couscous. Or, je déconstruis cet imaginaire, en prouvant que toute cette rhétorique est fausse. Je participe à la normalisation de ces femmes, et je pense être gênante. Pourtant mon travail est inclusif, il fédère.

«Je suis l’antithèse du fantasme que l’on se fait de la femme musulmane qui arbore un foulard en France»

Après ces menaces de mort, vous avez interpellé Gerald Darmanin, Marlène Schiappa, Emmanuel Macron. La ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la Citoyenneté vous a d’ailleurs soutenu.

Contrairement à ce que les médias racontent, notamment BFM TV qui a écrit un article à la suite de mon passage sur le plateau, je n’ai jamais dit que Marlène Schiappa m’avait soutenu... Ses propos ont été très timides, voire indignes de sa fonction politique. Elle a répondu à mon tweet de la manière suivante: «Aucune controverse ne saurait justifier des attaques racistes et sexistes, vous pouvez saisir la justice et porter plainte». Elle m’indique simplement les recours judiciaires que tout citoyen connaît. Mais je suis juriste, je connais les recours possibles dans notre pays. J’ai déposé plainte auprès du procureur de la République.

Je n’ai participé à aucune controverse. Est-ce le fait de porter un foulard qui m’inscrit de facto dans une polémique? Je suis menacée de mort, une série de mosquées est la cible d'attaques. Plus personne en France ne peut nier aujourd’hui que la haine «antimusulman» grandit dans notre pays. J'ai toutefois reçu énormément de soutien, de messages d'amour via les réseaux sociaux. Le syndicat national des journalistes m'a également proposé son aide. 

Pensez-vous être en danger aujourd’hui? Êtes-vous sous protection policière?

L'Élysée m’a appelé la semaine dernière, à la suite des mouvements de protestations sur les réseaux sociaux. J’ai aussi envoyé un message au président de la République. Le conseiller du président m’a appelé pour me demander quels étaient mes besoins en matière de sécurité. Je lui ai expliqué que ma priorité était d'être relogée et d’effacer toutes traces de mon adresse sur Internet. Il a insinué qu’il était impossible, juridiquement, d’enlever mes données sur Internet. La peur grandit, car je vois que ces menaces ne sont pas dirigées uniquement contre moi, mais aussi contre l’ensemble de la communauté musulmane…

C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, les musulmans de France sont acculés ces derniers mois par les politiques, dans les médias. Il y a des passages à l’acte… Donc oui, même si j’ai peur, cette peur ne me paralyse pas, et ma vie continue. Ils veulent me faire taire, me bâillonner, mais je continuerai à parler, à dénoncer ce qu'il se passe.

«Je ne fais pas d’islam politique»

 

Que répondez-vous à ceux qui considèrent que le port du voile est incompatible avec les valeurs de la République et donc les principes de laïcité?

Il s’agit d’une véritable méconnaissance de la loi de 1905. Cette dernière prône la séparation de l'Église et de l'État, ainsi que la neutralité des agents de la fonction publique. Les usagers ne sont pas liés par ce principe de neutralité. La laïcité favorise l’unité, et ne prône pas l'uniformisation. La laïcité va très bien à tous les religieux, aux non religieux, aux athées puisqu’elle favorise l’expression de ces identités différentes. Tous les amendements actuellement votés en première lecture par le Sénat contreviennent à la laïcité.

L'État de droit, le droit en vigueur, devraient permettre à chacun de vivre de manière sereine et légale, l’expression visible de sa foi, de sa religion. Aseptiser la France de ses expressions religieuses, c’est antilaïc!

Certains voient dans le foulard une certaine forme de soumission de la femme…

Je suis juriste, journaliste, j’interviewe des femmes, des hommes. J’ai joué dans le film de Kerry James Banlieusards. Je pense qu’une femme soumise pourrait difficilement explorer toutes ces activités. Mon foulard s’inscrit dans un cheminement spirituel et personnel. J’ai commencé à le porter à l’âge de 27 ans, à un âge où l’on sait ce que l’on fait, et où l’on connaît les difficultés que cela implique.

Porter un foulard en France, c’est effectivement voir les portes du marché de l’emploi se fermer. Je ne fais pas d’islam politique. Le foulard que je porte n’est que l’expression visible de la liberté religieuse, de conscience, garantie par la Constitution, la Convention européenne des droits de l’homme, toutes les conventions internationales auxquelles la France adhère. Le port du foulard s'inscrit de même dans les valeurs de la République «Liberté, Égalité, Fraternité».

Parfois, quand je vois que dans d’autres pays, comme les États Unis ou l’Angleterre, il est possible de porter le voile tout en travaillant, en ayant de hautes fonctions… Je me dis qu’il serait peut-être bon de partir pour vivre sa foi ailleurs, sans être épiée ni subir ces procès d’intention. On a beau répéter qu’il s’agit d’un choix individuel consenti, mais «ils» n’entendent rien. Je connais la réalité du terrain, et personnellement, je ne connais aucune femme qui porte le foulard par obligation.  

Vous pensez à quitter la France?

Oui. Je ne vous le cache pas, j’y ai déjà réfléchi mais là j'y pense de plus en plus. Bien que je me considère pleinement française. Je connais les droits et les principes qui encadrent la vie en société. Je n’ai pas à m'excuser d'être la personne que je suis. J’ai le droit de cité et aussi celui d’exister dans cette société.


Vous êtes journaliste, animatrice de Speak Up Channel, vous avez votre propre émission le Nadiya Lazzouni Show, comment vous est venue l’idée de créer un tel media en ligne?

La Speak up Channel, créée en 2017, est née d’un constat. Je me suis rendu compte que les groupes dits «minoritaires» étaient sous-représentés dans l’espace médiatique. La sociologie des médias nous montre que la télévision est un lieu de reconnaissance. Aujourd’hui, dans ces médias, il y a un problème de représentation et de représentativité. J’ai créé ce média qui n’est absolument pas un média communautaire pour répondre à ce besoin de représentation qualitative. 

Dans le dernier rapport du CSA, les chiffres du baromètre de la diversité sont éloquents. En 2019, les personnes "blanches" à l’écran représentaient 85% des personnes indexées, contre  83% en 2018. On recule. J’ai aussi créé ce média car j’avais besoin de travailler. J’ai quitté le milieu juridique, d’abord parce qu’en portant le foulard il est très difficile de trouver un travail dans cette branche. La voie de l'entrepreneuriat s’impose aux femmes qui portent le foulard. 

Vous dites avoir l’impression d’être sous-représentée, mais pourtant vous êtes souvent invitée sur les plateaux télé. Notamment par Fréderic Taddeï, Jean-Marc Morandini ou encore dans Touche pas à mon poste avec Cyril Hanouna. On vous offre donc une tribune…

Oui, j’ai une tribune, mais circonscrite à mon foulard. J'ai accepté autant d’invitations que j’en ai refusé, pour ne pas être enfermée dans le prisme de la journaliste voilée qui parle du voile. Ce voile me définit en partie mais ne me réduit pas! Je ne regrette pas d'avoir été présente dans ces débats, bien que je sois toujours invitée pour discuter de questions religieuses. Dans mes émissions, je ne parle pas que d’islam ou d’islamophobie. Créer mon propre média a donc été la meilleure alternative.

Il existe en France, une rue à votre nom à Caen! Vous êtes la première femme voilée à donner votre nom à une rue en France, c’est une certaine reconnaissance tout de même… 

Oui, c’est une plaque de rue à mon nom, apposée à côté d’une autre plaque de rue qui porte le nom d’un homme. L’initiative est venue de l’association «Caen à ELLES» avec la municipalité. L’objectif était de rendre hommage aux femmes, j’ai conscience que c’est historique, mais cela ne s’est pas passé sans difficulté. Il y a eu beaucoup de pressions de l’opposition. On avance, très clairement, mais avec beaucoup de pressions, à tâtons. 

Le Nadiya Lazzouni Show

Originaire de Normandie, de parents algériens, Nadiya Lazzouni est journaliste, de formation juriste en droit des affaires et en science politique-relations internationales.

En 2017, elle souhaite donner un nouveau tournant à sa carrière et crée son média sur Youtube “Speak Up Channel”. Elle décide alors de donner la parole à celles et ceux qu'on "invisibilise" dans les médias. 

A travers le Nadiya Lazzouni Show qu'elle anime et produit, elle discute avec ses invité-e-s de questions de société. Plusieurs personnalités se sont succédées dans son émission : Raphaël Glucksmann, Malika Mansouri, Marie-France Malonga, Olivier Dacourt, Geneviève de Fontenay, Fary, Kamel d'Alliance Ethnik ou encore  Kery James avec qui Nadiya a collaboré dans son film " Banlieusards", où elle joue le rôle de Nadiya, la responsable du soutien scolaire.

Mais c'est surtout au cours de débats télévisés sur la laïcité que le grand public a découvert Nadiya.

Le 18 septembre 2020, une plaque de rue à son nom était inaugurée à Caen. Elle sera apposée dans le centre-ville.

Lien vers sa demo ? : https://bit.ly/3e4i8D5

Lien vers Speak Up Channel ? : https://cutt.ly/xfx8uYW

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Nadiya Lazzouni dans le film de Kerry James Banlieusards (Photo, Fournie)

Glucksmann assure être prêt à débattre avec les autres candidats de la primaire de la gauche

Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
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  • Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées"
  • France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin

PARIS: Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique.

Le candidat du petit parti Place publique défend la tenue d'un seul débat télévisé sur le service public, alors que ses rivaux socialistes en réclament trois et lui reprochent d'avoir "peur" de débattre.

Raphaël Glucksmann a expliqué sur BFMTV/RMC qu'il veut que leur débat ait "le maximum d'exposition", ce que le rendez-vous unique proposé par France Télévisions et France Inter assurerait selon lui.

"Ensuite s'il y a un accord entre les chaînes, s'il n'y a pas d'exclusivité, moi j'ai pas de problème à faire des débats, c'est pas la question, on verra, on négociera", a-t-il dit.

Le débat sur le service public est prévu le 6 octobre, tandis que les deux autres évoqués pourraient avoir lieu le 16 septembre sur TF1 et le 29 septembre sur BFMTV.

Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées".

"Le service public est attaqué aujourd'hui, en permanence", a-t-il dit.

France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin.

Questionné à ce sujet, Raphaël Glucksmann a répondu que Valeurs actuelles "participe à l'offensive de l'extrême droite" mais qu'il n'a pas à "commenter" les choix éditoriaux du service public.

Celui-ci est "indépendant" et n'est "pas à nos ordres", a-t-il dit.

"Il faut des éditorialistes de droite sur le service public, je pense qu'il y en a plein d'ailleurs. J'écoute le service public et je peux vous dire que je ne suis pas toujours d'accord avec leurs éditorialistes", a déclaré le candidat.


Après la tapisserie de Bayeux, premier entretien Burnham-Macron pour "renforcer" les relations

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron et Andy Burnham veulent renforcer le partenariat franco-britannique, notamment sur l’Ukraine, la coopération avec l’UE et la lutte contre les traversées de la Manche
  • Malgré cette volonté de rapprochement, des divergences persistent sur les relations post-Brexit et les questions commerciales, tandis que les deux dirigeants veulent aussi défendre les institutions démocratiques face à la montée des extrêmes

LONDRES: Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham et le président français Emmanuel Macron ont affiché jeudi à Londres leur volonté de "renforcer" les relations entre le Royaume-Uni et la France, mais aussi l'Union européenne, au lendemain d'une première rencontre autour de la tapisserie de Bayeux.

Le prêt au British Museum pour un an de cette broderie millénaire, décrivant la conquête de l'Angleterre en l'an 1066 par Guillaume le Conquérant, "montre ce que notre collaboration peut permettre de réaliser", a souligné le chef de gouvernement travailliste au début de l'entretien, soulignant qu'Emmanuel Macron était le premier dirigeant étranger qu'il accueillait au 10, Downing Street.

Aux côtés de celui qu'il a décrit comme le "plus proche voisin" de son pays et un "ami très important", Andy Burnham a aussi évoqué un bilan positif de leur coopération "sur l'Ukraine", sur la lutte contre les traversées de la Manche par des migrants à bord de petites embarcations, et "sur le renforcement de la relation entre le Royaume-Uni et l'UE".

Emmanuel Macron a lui assuré avoir "la volonté et l'engagement de nous rapprocher encore davantage".

- "Sujets difficiles" -

A l'issue d'un déjeuner en présence de leurs épouses et avant de quitter Londres, le président français a salué une "très bonne discussion".

A l'approche d'un sommet crucial entre l'UE et le Royaume-Uni attendu d'ici la fin de l'année, ce rapprochement était en haut de l'agenda de cette première rencontre.

Interrogé mercredi soir par des journalistes, le Premier ministre britannique avait estimé que "dix ans après le Brexit, les gens ici en ont assez des divisions. Ils voient que nous devons travailler plus étroitement ensemble".

Il a toutefois souligné qu'il y avait des "sujets difficiles" sur lesquels il espérait "trouver ensemble un moyen de surmonter" les obstacles, citant le plan de l'UE pour soutenir l'industrie "made in Europe", qui pourrait selon lui avoir des "répercussions sur l'industrie sidérurgique" britannique.

"Même si nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout, nous nous respectons (...) et restons ouverts à la discussion sur tous les sujets, y compris la relance des relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne", avait de son côté commenté Emmanuel Macron dans son discours au British Museum.

Paris veut éviter que Londres fasse du "cherry-picking", autrement dit que les Britanniques ne retiennent du marché intérieur européen que ce qui les avantage.

La lutte contre l'arrivée de migrants sur de petites embarcations via la Manche est également un sujet prioritaire pour Londres.

Le gouvernement britannique, qui a enregistré cet été le nombre le plus bas d'arrivées de migrants depuis 2019, a salué le succès de son accord de coopération avec la France, reconduit pour trois ans en avril, et Andy Burnham a plaidé pour "accomplir davantage encore".

- Méga-canots -

Afin d'empêcher la traversée de "méga-canots", comme celui qui a récemment transporté 230 personnes, une équipe de 45 agents doit prochainement être déployée sur les côtes du nord-ouest de la France, soit "un quasi-triplement" des moyens dans cette zone, a fait savoir Downing Street dans un communiqué.

Autre sujet au menu: le renforcement de l'aide à l'Ukraine à un moment où les attaques russes de drones et de missiles balistiques s'intensifient et font un nombre croissant de victimes civiles.

Andy Burnham a effectué le 24 août sa première visite à Kiev, pour une réunion de la Coalition des volontaires, le groupe de pays qui soutiennent l'Ukraine, que le Royaume-Uni codirige avec la France.

Lors de ce premier entretien, qui se tenait à la veille d'une rencontre entre Jordan Bardella du Rassemblement National et Nigel Farage du parti anti-immigration Reform UK, Emmanuel Macron et Andy Burnham ont aussi évoqué "la montée des extrêmes" dans leurs pays, soulignant leur "intérêt commun" à montrer que des institutions démocratiques modérées peuvent répondre aux problèmes de leurs concitoyens, selon une source diplomatique.

Pendant sa visite au British Museum mercredi soir, le président français, qui quittera l'Élysée en mai, a dit espérer que son pays et le Royaume-Uni puissent "tisser un lien aussi étroit que les fils" de la tapisserie.

Le roi Charles III, accompagné de la reine Camilla, a quant à lui salué un prêt qui constitue "un précieux symbole de confiance".


Présidentielle: Hollande fait ses propositions pour séduire jusqu'au centre

Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
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  • Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode"
  • Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre

PARIS: Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre.

Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode, de perspectives et d'ambition".

Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre.

Mais "si émettre des idées, c'est être en campagne", alors "oui", il est en campagne, a-t-il concédé jeudi, à la foire de Châlons-en-Champagne (Marne).

Le député de Corrèze, qui a débattu récemment avec le candidat d'Horizons Edouard Philippe et a fait une apparition aux journées d'été du PS à Blois, sera la semaine prochaine à la fête de la rose de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), avant d'enchaîner les séances de dédicaces de son livre.

"L'enjeu, c'est d'unir les Français", face à la bipolarisation de la société entre "des extrêmes qui jouent la division" et une situation internationale tendue, où la France doit affirmer son indépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Russie, a-t-il expliqué mercredi.

Pour cela, "il va falloir aller au-delà des formations politiques", a-t-il glissé à Blois. Celui qui théorise la nécessité de "l'union sacrée des démocrates" et préconise d'aller chercher dès le premier tour les électeurs du centre au moment où la macronie est en fin de règne, assure ne pas vouloir proposer du "Hollande 2012" réchauffé.

Sur certains points, il se place même à rebours de son parti, comme sur la taxe Zucman pour les ultra-riches, devenue à ses yeux "un slogan. Pas une réponse" ou sur les retraites.

"Candidat de centre-droit" 

Alors que le PS veut revenir à un âge légal de départ à 62 ans, il propose de le fixer à 63 ans puis d'allonger progressivement la durée de cotisation.

"L'âge pivot doit tenir compte de l'allongement de l'espérance de vie et être corrigé en permanence", a-t-il justifié.

L'ex-chef de l'Etat veut aussi "limiter à 1% pendant cinq ans l'indexation des pensions, ce qui procurerait un gain équivalent au report d'un an de l'âge de départ", et "ajouter une part de capitalisation", qui serait contrôlée par les partenaires sociaux.

De quoi faire bondir le patron des socialistes Olivier Faure: "Vous ne me trouverez pas aux côtés de ceux qui défendent ce modèle", a-t-il déclaré à Blois.

Autre nouveauté sur le plan économique, pour améliorer la feuille de paie, François Hollande suggère d'"augmenter le salaire net en diminuant les cotisations salariales". Cette perte de recettes pour la sécurité sociale serait alors compensée par un prélèvement sur le capital, via une "progressivité de la taxe sur les revenus financiers" et "un relèvement progressif de 20 à 24% du taux normal de la TVA", pourtant considérée par Olivier Faure comme "l'impôt le plus injuste".

Il estime que ce nouveau système permettrait de "relever les salaires d'environ 10% pour tous".

Et pour faire passer l'amère pilule, il propose de supprimer la TVA réduite à 5,5 %, qui s'applique sur les produits alimentaires et les travaux énergétiques, et de faire de même, mais de façon ponctuelle, pour les carburants.

Il souhaite aussi réduire les impôts de production en diminuant les aides aux entreprises, comme le propose Édouard Philippe.

De quoi séduire les centristes? François Hollande "articule des idées qui sont plus compatibles qu'elles ne l'étaient" auparavant, a reconnu le président du MoDem François Bayrou.

"On a l'impression que c'est un candidat de centre-droit. C'est un positionnement intéressant", note un cadre Horizons, tandis qu'un candidat à l'élection présidentielle constate qu'il "parle quand même très à droite pour un candidat de gauche".

"Je suis socialiste", répond l'ancien président, qui garde des marqueurs de gauche: il prévoit de "mettre à contribution les gros héritages et les patrimoines supérieurs à 10 millions d'euros brut", de porter à 30% la représentation des salariés dans les conseils d'administration des entreprises, ou de mettre en place un chèque de 10.000 euros baptisé "entrée dans la vie", pour les jeunes qui effectueront le service civique.