Au Liban, sentiment anti-Hezbollah croissant après l’explosion

Simulacre de pendaison d’une silhouette à l’effigie du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah au centre-ville de Beyrouth, le 8 août dernier (AFP)
Simulacre de pendaison d’une silhouette à l’effigie du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah au centre-ville de Beyrouth, le 8 août dernier (AFP)
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Publié le Vendredi 21 août 2020

Au Liban, sentiment anti-Hezbollah croissant après l’explosion

  • Une image a circulé de l'énorme champignon provoqué par la déflagration coiffé d'un turban noir avec la mention "On sait que c'est toi", en allusion au chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah
  • Le Hezbollah a longtemps exercé son pouvoir en coulisses sans avoir à rendre des comptes ; désormais, il constate qu'être aux commandes n'a pas que des avantages

BEYROUTH : A Beyrouth, quelques jours après l'explosion tragique du 4 août, des manifestants en colère ont érigé des potences factices avec des silhouettes en carton à l'effigie des principaux dirigeants, la corde au cou, parmi lesquelles celle du chef du Hezbollah, longtemps considéré comme intouchable.

Cette scène inédite, ayant fait tomber un tabou de longue date, a été suivie de l'incrimination par un tribunal international d'un membre du Hezbollah dans l'assassinat il y a quinze ans de l'ex-Premier ministre libanais, Rafic Hariri, un nouveau revers pour le parti chiite allié de l'Iran et du régime syrien.

"Dans les heures qui ont suivi l'explosion, beaucoup ont blâmé le Hezbollah", affirme Fares al-Halabi, un organisateur des manifestations massives déclenchées en octobre dernier contre les dirigeants. De nombreux Libanais ont vu dans cette explosion, qui a dévasté des pans entiers de la capitale et tué au moins 181 personnes, une preuve flagrante que la corruption tue, accusant leurs dirigeants d'être responsables du drame.

Sur les réseaux sociaux, les langues se sont déliées. Une image a circulé de l'énorme champignon provoqué par la déflagration coiffé d'un turban noir avec la mention "On sait que c'est toi", en allusion au chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. 

De nombreux Libanais s'accordent sur la responsabilité de tous les partis au pouvoir, notamment le Hezbollah, qui domine la vie politique.

Certains accusent le mouvement chiite d'avoir cherché à maintenir l'énorme quantité de nitrate d'ammonium à l'origine de la catastrophe, stockée au port, pour l'utiliser dans la guerre en Syrie, où il appuie le régime. Le Hezbollah nie un tel projet.

Tabou brisé

Ce drame survenu après des mois d'une descente aux enfers dans un Liban englué dans une crise politique, économique et sociale inédite, a accentué l'hostilité de la rue envers la classe dirigeante et le Hezbollah, écorné par ailleurs par la justice internationale.

Mardi, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), basé aux Pays-Bas, a déclaré coupable un membre présumé du parti, Salim Ayyach, dans l'attentat ayant tué en 2005 Rafic Hariri.

L'enquête n'a pas établi de lien direct avec les dirigeants du Hezbollah ou le régime syrien, mais a consacré le caractère "politique" du crime. Après quoi le mot-dièse "Hezbollah terroriste" s'est répandu sur la toile libanaise.  

La popularité du mouvement avait déjà été mise à l'épreuve à l'automne dernier, dans le sillage de la contestation populaire.

Le nom de Hassan Nasrallah avait figuré timidement dans des slogans conspuant la classe politique.

"Il y avait un accord tacite entre les révolutionnaires d'épargner le Hezbollah et ses armes" dans un pays où le désarmement du mouvement a longtemps divisé les politiques et la rue, affirme M. Halabi.

Mais le tabou s'est effrité lorsque le parti s'est retourné contre la "révolution", devenant "le premier parti à attaquer les gens", explique M. Halabi. 

Les tentes dressées par les contestataires à Beyrouth ont été prises pour cible par des partisans du mouvement, qui ont passé à tabac des manifestants.

"Le Hezbollah a choisi de protéger un édifice qui s'effondre", a déclaré à l'AFP Sami Atallah, directeur du Centre libanais d'études politiques.

Parti "pro-establishment"

L'implication dans le conflit syrien du Hezbollah, officiellement depuis 2013, avait également porté un coup à l'aura du mouvement, bâtie durant des décennies sur la "résistance" contre Israël.

Mais en se jetant dans le marais politique libanais, le Hezbollah s'est surtout exposé au risque d'être tenu pour responsable des défaillances de l'État, dont l'explosion du 4 août est une illustration criante.

Durant de nombreuses années, "le Hezbollah avait réussi à se présenter comme un parti anti-establishment", a rappelé Naji Abou Khalil, militant du Bloc national, parti ayant pris part à la contestation.

Aujourd'hui, son image de "parti comme tout autre domine celle d'un parti de résistance", selon lui.

Le Hezbollah a longtemps exercé son pouvoir en coulisses sans avoir à justifier publiquement ses décisions ou rendre des comptes.

Désormais, il constate qu'être aux commandes n'a pas que des avantages, estime Fares al-Halabi.

"Le Hezbollah est le dirigeant de facto et tout ce qui se passe relève de son autorité. Tout dirigeant en place est celui qui assume la responsabilité de n'importe quelle conséquence négative" de sa gestion.


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.