Khamenei qualifie de «grosse erreur» les propos du ministre Zarif

M. Zarif a immédiatement réagi dimanche soir sur Instagram à l'allocution du guide suprême, affirmant que l'ayatollah Khamenei avait «le dernier mot». (Photo, AFP)
M. Zarif a immédiatement réagi dimanche soir sur Instagram à l'allocution du guide suprême, affirmant que l'ayatollah Khamenei avait «le dernier mot». (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 03 mai 2021

Khamenei qualifie de «grosse erreur» les propos du ministre Zarif

  • «J'espère que la famille respectée de Soleimani me pardonnera»
  • Khamenei a regretté que «certains des propos» du ministre Zarif  «soient une répétition des remarques hostiles de nos ennemis»

TEHERAN: Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a dénoncé dimanche comme «une grosse erreur» des propos du chef de la diplomatie, une semaine après la fuite d'un enregistrement dans lequel Mohammad Javad Zarif semble critiquer l'influence de l'armée dans la diplomatie.

Ces propos, formulés lors d'un entretien «confidentiel» de plusieurs heures, ont été relayés le 24 avril par des médias à l'étranger.

Ils ont provoqué de vives critiques en Iran, les conservateurs reprochant à M. Zarif de mettre en cause les grandes lignes de la politique de la République islamique.

Ces fuites surviennent à moins de deux mois de l'élection présidentielle et alors que Téhéran négocie avec les grandes puissances pour relancer l'accord moribond de 2015 sur son programme nucléaire.

Le gouvernement du président modéré Hassan Rohani a ordonné l'ouverture d'une enquête pour «complot», appelant à identifier le ou les auteurs du «vol» du fichier audio.

D'après un extrait publié par le New York Times, le ministre a déclaré : «en République islamique, le champ militaire règne. J'ai sacrifié la diplomatie au (profit) du champ militaire» alors que le «champ militaire» doit être «au service de la diplomatie».

M. Zarif faisait référence au rôle du feu général Qassem Soleimani dans la politique étrangère du pays, selon le journal américain.

Il a regretté, après la révélation de cet enregistrement, que cette fuite se soit transformée en «querelles intestines», ajoutant que le «point principal» de ses observations était de souligner «la nécessité d'un ajustement intelligent de la relation entre ces deux ailes» du pouvoir iranien.

Dans un discours télévisé, l'ayatollah Khamenei a affirmé dimanche que «la politique du pays comporte des volets économique, militaire, social, scientifique et culturel, outre les relations extérieures et la diplomatie».

De ce fait, si «l'un nie ou contredit l'autre, cela n'a aucun sens», a-t-il expliqué. 

«C'est une grosse erreur qu'aucun responsable de la République islamique ne doit commettre», a jugé le guide suprême, sans mentionner le nom du ministre Zarif, à la tête de la diplomatie depuis 2013.

L'appareil diplomatique n'est que «l'exécuteur» des décisions prises aux niveaux supérieurs, a-t-il ajouté, mettant en garde contre le fait de s'exprimer «d'une manière pouvant signifier que l'on n'accepte pas la politique du pays».

«Remarques hostiles»

Il a regretté que «certains des propos» du ministre Zarif  «soient une répétition des remarques hostiles de nos ennemis.»

Plus tôt dimanche, M. Zarif avait demandé «pardon» à la famille de Qassem Soleimani.

«Les sentiments purs des amoureux du martyr éminent général Soleimani (...) et de sa famille, en particulier de sa fille Mme Zeinab, qui m'est aussi chère que mes propres enfants, ont été blessés», a regretté M. Zarif sur Instagram.

«J'espère que la famille respectée de Soleimani me pardonnera», a ajouté le ministre.

Mardi, la fille de Qassem Soleimani avait tweeté: «voici le coût (payé par) le champ (de bataille) pour la diplomatie», avec une photo de la main en sang du général après son assassinat, sans évoquer explicitement les propos du ministre.

«Si j'avais su qu'un seul mot (de ces déclarations) allait être rendu publique, je ne l'aurais certainement pas prononcé», a encore dit  M. Zarif dimanche.

Surnommé «l'homme des champs de bataille», Soleimani était le chef de la Force Qods chargée des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran. Il a été tué dans une frappe américaine de drone à Bagdad en janvier 2020.

M. Khamenei a défendu «la Force Qods, (qui) a réalisé la politique d'indépendance de la République islamique en Asie occidentale», affirmant que «les Américains sont fortement mécontents de l'influence» régionale de Téhéran.

M. Zarif a immédiatement réagi dimanche soir sur Instagram à l'allocution du guide suprême, affirmant que l'ayatollah Khamenei avait «le dernier mot» et disant «regretter que certains points de vue personnels (...) lui aient causé des préoccupations».


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.