L'accord Emirats-Israël pourrait rapprocher entrepreneurs israéliens et iraniens

Des bateaux iraniens transportant de la marchandise  à Dubaï, le 10 juillet 2019. (Karim Sahib / AFP)
Des bateaux iraniens transportant de la marchandise à Dubaï, le 10 juillet 2019. (Karim Sahib / AFP)
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Publié le Dimanche 23 août 2020

L'accord Emirats-Israël pourrait rapprocher entrepreneurs israéliens et iraniens

  • "Les Iraniens aux Emirats sont en général les entrepreneurs les plus pragmatiques, qui refusent d'être mêlés à la politique. Certains d'entre eux voient cet accord comme une opportunité"
  • Malgré ces tensions, les Emirats et l'Iran, séparés par 70 km et le détroit d'Ormuz, ont maintenu des liens diplomatiques et protégé leurs échanges économiques générant des milliards de dollars pour chacun

DUBAI : L'accord de normalisation des relations entre Israël et les Emirats arabes unis pourrait permettre à des entreprises de l'Etat hébreu d'étendre leurs activités aux portes de l'Iran, son ennemi juré, mais ne devrait pas perturber les liens économiques entre Abou Dhabi et Téhéran.

L'accord pourrait aussi ouvrir la voie à des accords économiques directs entre des Israéliens et des entrepreneurs iraniens basés aux Emirats, selon des experts.

Mais cela prendra "du temps" avant que des Iraniens aux Emirats se retrouvent face à face avec des Israéliens, estime Cinzia Bianco, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales. 

"Les Iraniens aux Emirats sont en général les entrepreneurs les plus pragmatiques, qui refusent d'être mêlés à la politique. Certains d'entre eux voient cet accord comme une opportunité, non un problème", poursuit la chercheuse. 

Avec cet accord, les Emirats sont le premier Etat du Golfe à établir des relations avec Israël, dans une période de tensions croissantes avec l'Iran, accusé par ses voisins d'alimenter l'instabilité régionale. 

Abou Dhabi et Téhéran se disputent la souveraineté sur trois îles dans le Golfe depuis 1971 et les Emirats ont réduit leurs relations avec la République islamique en 2016, sur fond de rivalité entre son allié, l'Arabie saoudite, et l'Iran.

Malgré ces tensions, les Emirats et l'Iran, séparés par 70 km et le détroit d'Ormuz, ont maintenu des liens diplomatiques et protégé leurs échanges économiques générant des milliards de dollars pour chacun.

"Téhéran n'est pas en position de se passer de liens économiques avec n'importe quel pays, et surtout pas les Emirats" voisins, affirme Ellen R. Wald, chargée de recherche à l'Atlantic Council Global Energy Center.

Offshore

Deux jours après l'annonce par le président américain Donald Trump de l'accord de normalisation, le président iranien Hassan Rohani a mis en garde les Emirats qui ont "ouvert la voie à Israël dans la région". 

Abou Dhabi a convoqué l'ambassadeur iranien pour protester contre ces "menaces", tout en soulignant le lendemain que l'accord "n'était pas dirigé contre l'Iran". 

Mais les tensions sont toujours importantes dans le détroit d'Ormuz, corridor vital connectant les riches pays pétrolier du Moyen-Orient avec les marchés asiatique, européen, ou encore nord-américain.

D'après l'Agence d'information sur l'énergie (EIA), 35% du transport pétrolier maritime passe par le détroit d'Ormuz. 

L'Iran a saisi la semaine dernière un bateau émirati et arrêté son équipage après la mort de deux pêcheurs iraniens dans un incident maritime dans le Golfe. 

Mais le ministère iranien des Affaires étrangères a affirmé qu'Abou Dhabi avait promis "une compensation pour tout dommage causé".

Le commerce entre les Emirats et l'Iran représente des milliards de dollars, Dubaï servant historiquement de centre offshore pour les entreprises iraniennes. 

Les échanges entre les deux producteurs de pétrole ont représenté 8,3 milliards de dollars (environ 7 milliards d'euros) en 2019, contre 15,2 milliards de dollars en 2018, avant que les sanctions américaines n'atteignent leur plus haut en mai 2019.

Les entrepreneurs iraniens se plaignent que les sanctions américaines entraînent des suspensions ou des interdictions de services bancaires mais elles ne les empêchent pas en réalité de faire du commerce.

Téléphones portables, voitures, viande surgelée, vêtements et autres biens circulent quasiment en permanence entre les ports des Emirats et de l'Iran. 

Origines iraniennes

Plus de 8.000 entreprises et 6.000 commerçants iraniens sont présents aux Emirats, rendant très probable une rencontre avec de futurs marchands et investisseurs israéliens.

"Les Iraniens aux Emirats ne sont pas en position de se plaindre de la relation israélo-émiratie", estime Mme Wald, rappelant qu'avant la révolution de 1979 ayant renversé le chah, "l'Iran et Israël entretenaient une relation de coopération".

Les Emirats abritent par ailleurs une importante communauté iranienne qui possède des centaines de propriétés et qui a investi massivement dans les infrastructures depuis la création du pays en 1971. 

D'après des médias émiratis, des dizaines de milliers d'Iraniens vivent aux Emirats tandis que les responsables iraniens estiment leur nombre à près d'un demi-million. Quelque 350.000 Iraniens visitent le pays chaque année. 

Beaucoup de familles émiraties de renom sont originaires d'Iran, occupant parfois des postes haut placés.

Des Iraniens, comme Fariba, directrice de relations publiques, ne se sentent pas concernés par l'accord de normalisation.

"Je suis une mère divorcée et j'ai besoin de travailler pour élever mon fils. C'est tout ce qui m'importe", explique l'Iranienne de 45 ans à l'AFP. 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.