L’épouse d’un membre de la famille royale qatarie emprisonné s'exprime sur son combat pour la justice

Cheikh Talal Al-Thani est emprisonné en violation de ses droits fondamentaux par les autorités qataries depuis février 2013 et a rarement vu ses enfants depuis. (Photo Fournie)
Cheikh Talal Al-Thani est emprisonné en violation de ses droits fondamentaux par les autorités qataries depuis février 2013 et a rarement vu ses enfants depuis. (Photo Fournie)
Short Url
Publié le Lundi 24 août 2020

L’épouse d’un membre de la famille royale qatarie emprisonné s'exprime sur son combat pour la justice

  • Asma Arian raconte la terrible expérience de son mari emprisonné, le Cheikh Talal al-Thani
  • Le HCDH a interjeté appel au CDH en son nom dans le cadre de l’examen annuel des obligations et du rapport sur les droits du Qatar

RIYAD: Cheikh Talal al-Thani, membre éminent de la famille royale qatarie, est emprisonné en violation de ses droits fondamentaux par les autorités qataries depuis février 2013. Durant cette période, il n’a été autorisé à voir sa femme et ses quatre enfants — actuellement en exil en Allemagne — que deux fois.

Cheikh Talal est le petit-fils de l’émir qatari défunt, Cheikh Ahmad ben Ali al-Thani, dont le règne s’est étendu de 1960 à 1972. Le Cheikh Ahmad a été déposé par son cousin Cheikh Khalifa ben Hamad, grand-père de l’actuel émir du Qatar Tamim ben Hamad, et père de l’ancien émir Hamad ben Khalifa.

Les tensions entre les membres de la famille sont montées d’un cran à la suite du décès de l’un des fondateurs du Qatar, Cheikh Abdel Aziz ben Ahmed, après son exil en Arabie saoudite en 2008. Peu de temps après, les avoirs de Cheikh Talal ont été gelés et l’héritage qu’il devait recevoir après la mort de son père a été bloqué.

Depuis son arrestation, qui a eu lieu sans ordonnance du tribunal, Cheikh Talal s’est souvent vu refuser une représentation juridique, des visites familiales et des soins médicaux.

En mai 2018, Cheikh Talal a été condamné par un tribunal qatari à plus de vingt-deux ans de prison. Cette peine est en contradiction avec l’obligation fondamentale du Qatar envers le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. De plus, en violation des droits fondamentaux de Cheikh Talal, son dossier n’a pas été examiné par un tribunal indépendant.

À cause des mauvaises conditions dans lesquelles il est gardé, Cheikh Talal souffre aujourd’hui de diabète, de problèmes dentaires, d’hypertension, de maux de dos et d’articulations, et de mobilité réduite.

Il devrait être transféré à l'hôpital mais il se trouve dans une prison sans accès à des soins médicaux. La situation est aggravée par le refus du Qatar de tester les prisonniers pour la Covid-19, même si l’affirmation officielle dit que « les détenus bénéficient de soins de santé gratuits en prison ».

Asma Arian, qui a épousé Cheikh Talal en 2007, s’est entretenue depuis l’Allemagne avec Arab News, à propos de son rude combat pour que justice soit faite

Est-il vrai que votre appel au Conseil des droits de l'Homme de l’ONU a été accepté ?

Oui, c’est vrai. Nous avons jusqu’à présent interjeté appel quatre fois au CDH. Toutefois, en raison de la pandémie de coronavirus, nos demandes d’appel ont été bloquées pour un certain temps, alors le Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme (HCDH) a interjeté appel en mon nom, dans le cadre de l’examen annuel des obligations et du rapport sur les droits du Qatar.

Le Qatar prétend souvent qu’il respecte ses engagements envers les droits de l’Homme. L’ONU a approuvé quatre appels de ma part. Le premier est en mon nom et au nom de mes enfants, au plus haut niveau possible. Les trois autres appels ont été présentés à des comités spéciaux, pour la torture, la détention arbitraire de mon mari, et la corruption du système judiciaire.

Les organes de l’ONU doivent prendre une décision et nous sommes en contact actif avec eux. Ils nous ont assuré qu’ils avaient accepté l’appel et que, d’ici le 21 septembre, les questions relatives à cette affaire seraient clarifiées.

Cheikh Talal souffre de problèmes de santé et de mobilité réduite à cause des mauvaises conditions dans lesquelles il est gardé.
Cheikh Talal souffre de problèmes de santé et de mobilité réduite à cause des mauvaises conditions dans lesquelles il est gardé. (Photo Fournie)

Quelles sont vos attentes concernant la prise en charge du procès par le CDH ?

Depuis le début de nos correspondances, le CDH est convaincu que le procès et les documents que j’ai fournis prouvent la violation des droits de l’Homme par le Qatar dans différents domaines. Ces derniers comprennent les violations de la charte des « Principes fondamentaux relatifs au traitement des détenus »: la torture de Cheikh Talal Al-Thani, l’interdiction de contacter son avocat, sa détention sans raison valable, ainsi que la violation des droits de l’enfant (en empêchant les enfants de Cheikh Talal d’entrer en contact avec leur père) et la violation des droits de la femme en m’empêchant d’entrer en contact avec lui.

Au début, nous nous sommes adressés au gouvernement qatari de façon courtoise lorsque nous avons demandé que Cheikh Talal soit libéré, puisque les documents prouvent qu’il a été arrêté injustement. Nous avons communiqué avec les prisons qataries afin de découvrir les raisons de sa détention. Mais nous n’avons reçu aucune réponse de la part des autorités.

Après avoir intensifié la pression sur les autorités qataries, ces dernières ont relâché Cheikh Talal, avant de l’arrêter une semaine plus tard dans l'attente d'un gel ou d'une renonciation de ma part aux procès et appels. La brève libération était une sorte de « ruse » de la part des autorités qataries.

Quant à mes attentes concernant le CDH, je pense qu’ils ont certainement divers mécanismes adéquats, et à ce stade le procès a pris de l’importance au niveau de l’ONU. Il est possible de le gagner car c’est une question humanitaire, et non politique, ayant de multiples dimensions — droits des enfants, des femmes, droits des prisonniers et torture en prison — qui dénoncent la violation par le Qatar des traités relatifs aux droits de l’Homme en général.

Aujourd’hui, le Qatar viole ces traités. Nos enfants n’ont pas le droit de communiquer avec leur père, et il m’a été interdit de contacter l’avocat qui défend mon mari depuis que nous avons interjeté appel auprès de l’ONU. J’ai dit au CDH que le Qatar ne respectant même pas ses propres lois, nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu’il respecte les lois internationales.

 

Lettre du Département des réformes et des institutions pénales du ministère de l’Intérieur du Qatar indiquant que « le Qatari Talal ben Abdelaziz Ahmed al-Thani » a été condamné à plus de vingt-deux ans de prison. (Fournie)
Lettre du Département des réformes et des institutions pénales du ministère de l’Intérieur du Qatar indiquant que « le Qatari Talal ben Abdelaziz Ahmed al-Thani » a été condamné à plus de vingt-deux ans de prison. (Photo Fournie)

Pourquoi Cheikh Talal a-t-il été libéré durant une courte période puis de nouveau emprisonné ?

C’est ainsi que le Qatar se comporte: on ne peut pas lui faire confiance. Nous ne savons ni pourquoi il est retourné en prison après avoir été relâché, ni où ils l’ont emmené après avoir assiégé la maison où il était détenu. On ne peut jamais être à l'abri de ce genre de comportement officiel de la part du Qatar.

Il a été libéré et assigné à résidence, et quand ils ont décidé qu’il retournerait en prison, ils ont assiégé la maison durant huit heures. Ils surveillaient déjà la maison, alors à quoi bon l’assiéger aussi longtemps ? La maltraitance psychologique et l'intimidation que subit Cheikh Talal depuis son arrestation ne sont-ils pas suffisants ? Attendent-ils que je renonce à mon mari et aux droits de mes enfants ? Je n’abandonnerai pas, car ils n’ont pas respecté le droit le plus fondamental du détenu: lui permettre de communiquer avec son avocat. Comment puis-je même accepter de leur adresser la parole ?

Les autorités qataries vous ont-elles demandé d’abandonner votre campagne et vos appels aux organisations internationales ?

Cela se fait par le biais de messages envoyés aux membres de la famille de Cheikh Talal ou à moi directement afin que nous cessions nos revendications. Mais à quoi sert le silence ? D’autant que la question ne se limite pas à sa condition. Quatre enfants sont affectés par cette affaire et ne connaissent leur père qu'à travers des photos.

Combien Cheikh Talal a-t-il d’enfants ?

Quatre enfants: Alanoud, Aljawharah, Abdallah et Ahmed. Ils souffrent du fait de leur déplacement hors de leur pays et du fait d’être loin de leur père. Ahmed est né alors que Cheikh Talal était en prison. De plus, ses enfants souffrent aussi d’être privés de leurs droits et de voir leur père privé des siens.

Toute cette souffrance a été causée par Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, l’ancien émir du Qatar. Tant que cette personne est à Doha, Cheikh Talal est en danger, c’est ce que j’ai précisé au CDH. Il est possible que je gagne le procès à l’ONU et que le Qatar soit inculpé. Cependant, tant que Cheikh Hamad est au Qatar, je ne m’attends pas à ce que Cheikh Talal soit libéré.

Combien de fois les enfants de Cheikh Talal ont-ils pu lui rendre visite ?

Sa fille Alanoud est la seule qui ait vu son père deux fois en sept ans. Ses autres enfants ne connaissent leur père qu’à travers les photos.

 

Ahmed, fils de Cheikh Talal, a développé une allergie en raison du manque de climatisation dans son logement. (Fournie)
Ahmed, fils de Cheikh Talal, a développé une allergie en raison du manque de climatisation dans son logement. (Photo Fournie)

Le procès contre Cheikh Talal est de nature financière… Cette allégation est-elle vraie ? Quelle est la véritable raison de sa détention ?

Le Qatar a intenté une action en justice contre Cheikh Talal à cause de dettes résultant de chèques de sécurité liés à ses propres sociétés. Le procès comprenait 1 600 documents uniquement en rapport à l’affaire financière.

L’ONU se demandait pourquoi Cheikh Talal serait emprisonné pour un problème financier. Je leur ai répondu qu’il n’était ni un tueur, ni un violeur, qu’il n’avait commis aucun crime méritant une peine de vingt-deux ans. Il mourra sans avoir eu la chance de revoir ses enfants.

Par conséquent, le procès n’est pas de nature financière. Peut-être y a-t-il une rancune contre Cheikh Talal, car, avant son emprisonnement, il avait revendiqué ses droits et son héritage. Le droit qatari et le droit international ne disent pas qu'une personne endettée doit être mise en prison pendant vingt-deux ans. Pire encore, il a été incarcéré sans avoir le droit de contacter un avocat.

Le juge m’a même demandé si j’avais assez d’argent pour rembourser la dette. Je lui ai alors présenté un titre de propriété foncière appartenant à Cheikh Talal et je lui ai expliqué que la valeur de ce terrain pouvait rembourser la dette, et même plus… Le juge a alors levé son doigt et a dit : « Ce sont les personnes les plus haut placées qui décideront s’il sera libéré ou non. »

Nous savons que ce n’est pas un procès financier que nous pouvons rembourser. Cependant, nous répondons à leurs allégations. L’État a maintenant confisqué les propriétés de Cheikh Talal, et les entreprises de l’État les utilisent sans son autorisation.

J’ai appelé la police à intervenir contre ces dernières, car elles détiennent ses propriétés et privent ses enfants de gains financiers et d’allocations, et s’introduisent dans ses propriétés sans permission et sans paiement  en échange de leur utilisation.

Ont-ils essayé de régler le procès financier avec vous ?

Oui. J’ai intenté quatre procès liés à l’héritage de Cheikh Aziz al-Thani, le père de Cheikh Talal, qui est décédé loin du Qatar. Ces procès prouvent que Cheikh Abdel Aziz laissait un héritage important et de nombreuses propriétés, et que la part de Cheikh Talal était substantielle.

J’ai demandé au juge de prendre toutes les fermes et de relâcher Cheikh Talal. J’ai même déclaré durant notre dernière conversation: « Prenez tout, et si Cheikh Hamad veut les fermes, qu’il les prenne, s’il veut tout prendre, qu’il le fasse. Mais vous n’avez pas le droit de priver mon époux d’une vie normale, d’empêcher ses enfants de le voir, de les torturer et de les déplacer. »

Depuis quand Cheikh Talal est-il en prison ?

Depuis 2013, à la fin du règne de Cheikh Hamad, avant qu’il n’abdique en faveur de son fils, Cheikh Tamim. De plus, le verdict contre Cheikh Talal et son emprisonnement ont également eu lieu durant le règne de Cheikh Hamad. Il a été emprisonné à cause d’un chèque qui n’était pas valide. Un juge égyptien, Mohammed El-Minshawi, avait ordonné que Cheikh Talal soit libéré, mais sa décision n’a pas été appliquée. Je ne sais pas si ce juge est toujours au Qatar.

 

La demande faite par Cheikh Hassan ben Khalid Al-Thani pour fournir de l’eau et de l’électricité à l’une des propriétés enregistrées pour abriter les enfants de Cheikh Talal Al-Thani et leur mère à Al-Wakrah. (Fournie)
La demande faite par Cheikh Hassan ben Khalid Al-Thani pour fournir de l’eau et de l’électricité à l’une des propriétés enregistrées pour abriter les enfants de Cheikh Talal Al-Thani et leur mère à Al-Wakrah. (Photo Fournie)

Comment se porte Cheikh Talal ?

Son état est mauvais, psychologiquement et physiquement. J’ai pu le prendre en photo avant qu’il ne retourne en prison. Il semblait avoir perdu beaucoup de poids. Je n’aurais pas voulu que cette photo soit publiée si ce n’était pour prouver son mauvais état de santé.

Il souffre de diabète à un moment où le Qatar connaît un nombre élevé de cas de coronavirus, en particulier dans les prisons. J'ai peur pour sa vie [larmes dans les yeux]. Je lui ai demandé : « T’affament-ils ? » « Oui, ils m’affament », m’a-t-il répondu.

Je n’aurais jamais imaginé que cela puisse se produire au Qatar, mais après avoir vu la photo, je l’ai cru. Je me demande comment les prisonniers sont nourris, surtout un homme qui souffre de diabète et qui a déjà été opéré deux fois en prison, la première fois pour un problème à l’œil et la seconde à la jambe.

Vous attendez-vous à ce que Cheikh Talal soit libéré si le Qatar est accusé de violation des droits de l’Homme dans les procès liés à lui et ses enfants ?

Je m’attends à ce que le Qatar soit inculpé, mais pas à ce que Cheikh Talal sorte de prison. Cependant, je suis convaincue que je peux prouver au monde les violations des droits de l’Homme commises par les autorités qataries. La pression internationale qu’elles ressentent est le résultat de ces violations de droits. Cheikh Talal a été lésé de manière inimaginable.

Avez-vous l’intention de prendre de nouvelles à l’ONU et au CDH ?

Je poursuivrai toute procédure légale qui servira à protéger Cheikh Talal et ses enfants de cette injustice. J'ai l'intention de déposer plainte contre le Qatar devant la justice allemande. C'est très important pour moi, et j'ai commencé à prendre des mesures à cet égard. Cependant, en raison de la pandémie de Covid-19, j'ai dû arrêter. Maintenant que nous sommes de retour à la normale, je vais continuer le procès, d’autant plus que j'ai subi des dommages après qu'ils m'ont poursuivie à Genève. Ils ont même percuté ma voiture ! Je suis actuellement sous la protection de la police allemande car j'ai accusé le Qatar et ses médias de nombreuses violations.

Avez-vous reçu des menaces explicites de la part du Qatar ?

J’ai reçu des menaces lorsque j’étais au Club suisse de la Presse à Genève. Ils m’attendaient à l’extérieur et ont envoyé des gens pour me menacer et m’accuser d’espionnage. La dernière menace que j’ai reçue date de la semaine dernière, quand ils ont sorti Cheikh Talal de prison.

Ils m’ont prévenue que si je ne restais pas silencieuse, ils le remettraient en prison, et c’est ce qui s’est passé. J’ai vraiment peur de ces menaces. Vous ne pouvez pas imaginer mon état psychologique lorsque j’ai décidé de continuer à défendre les droits de mon mari et de mes enfants. Je craignais que mon mari ne soit éliminé. J’en aurais été la cause…

Quel message voulez-vous faire passer aux organisations internationales des droits de l’Homme via Arab News ?

Je voudrais leur demander de prendre le procès au sérieux et de se souvenir que le Qatar n’est pas au-dessus des lois. Si le Qatar respectait les droits internationaux de l’Homme, il aurait respecté la charte des droits des détenus. Si le Qatar prétend qu’il respecte les droits de l’Homme, alors il doit respecter les droits des enfants et permettre à ceux de Cheikh Talal d’être en contact avec lui, au moins par téléphone, deux ou trois fois par semaine. Je demande de même aux organisations internationales d’intervenir et de mobiliser leurs mécanismes.

Le Qatar n’est pas au-dessus des lois, et c’est le bon moment pour se mobiliser afin de restaurer les droits du prisonnier, de l'enfant et de la femme. J'espère que des pressions seront exercées sur le Qatar afin que Cheikh Talal soit libéré.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Short Url
  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Short Url
  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Short Url
  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.