Quand des bénévoles «donnent leur voix» à des aveugles avides de lecture

Une cliente écoute un livre audio à San Jose au Costa Rica (Photo, AFP).
Une cliente écoute un livre audio à San Jose au Costa Rica (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Dimanche 16 mai 2021

Quand des bénévoles «donnent leur voix» à des aveugles avides de lecture

  • «Affamés de livres», des milliers d'aveugles et de malvoyants en France n'ont accès à la lecture que via les enregistrements audio des ouvrages
  • Grâce au travail bénévole de «donneurs de voix», de plus en plus d'adaptations sont désormais disponibles

PARIS: « Affamés de livres », des milliers d'aveugles et de malvoyants en France n'ont accès à la lecture que via les enregistrements audio des ouvrages: grâce au travail bénévole de « donneurs de voix », de plus en plus d'adaptations sont désormais disponibles, mais pas encore assez aux yeux des associations. 

« Je veux pouvoir lire les bouquins quand ils sortent, comme les voyants », souligne Barbara Lalande, 51 ans et malvoyante de naissance, qui confie dévorer une vingtaine de livres audio en moyenne chaque mois.

Or, pour satisfaire sa soif de nouveautés, les adaptations sonores enregistrées par des comédiens et commercialisées par les éditeurs ne sont pas forcément la panacée, car elles sont encore relativement chères, et peu nombreuses. 

En outre, les livres audios commerciaux « sont souvent ‘surjoués’, et on y rajoute du bruitage ou de la musique, dont je n'ai pas besoin », explique Lalande. « Moi ce que j'aime, c'est une lecture neutre, qui me laisse construire mon propre imaginaire ».

Une différence d'approche que confirme Valérie Lévy-Soussan, directrice de l'éditeur Audiolib (filiale d'Hachette) : les aveugles ou malvoyants « n'écoutent pas un livre de la même façon » que les voyants, observe cette responsable, en charge des livres audio au sein du Syndicat national de l'édition (SNE).

Si le marché des livres audio s'est beaucoup développé ces dernières années - 1.000 à 1.500 nouveautés sortent désormais chaque année -, il pèse toujours moins de 5% du marché de l'édition, et continue à s'adresser majoritairement à des personnes voyantes, qui choisissent l'audio par goût et non pas par obligation, souligne-t-elle.

Afin de permettre le développement d'autres solutions pour les aveugles et malvoyants, le législateur a instauré en 2008 une exception au droit d'auteur, qui permet aux associations de réaliser et distribuer gratuitement des livres audio, aux seules personnes handicapées, sans rétribuer les auteurs et éditeurs.

- Ni monotone ni surjoué -

Pour un roman de 300 pages, un lecteur bénévole devra travailler 30 à 40 heures, pour un enregistrement final de 10 à 12 heures. « C'est une activité très chronophage, et beaucoup plus technique qu'on ne l'imagine », raconte Marie-Françoise Jourdrin, 74 ans, qui a ainsi enregistré quelque 70 livres depuis 10 ans, au sein de l'association des « Donneurs de voix ».

« Il faut éviter un ton trop monotone, mais également de trop jouer ou interpréter, pour ne pas empiéter dans l'imaginaire de l'auditeur », détaille la lectrice. Les bénévoles sont libres de « choisir ce qu'ils enregistrent », et la septuagénaire dit apprécier l'éclectisme d'une activité qui lui a récemment permis de passer de « L'anomalie », d'Hervé Le Tellier (le dernier Goncourt), à un essai sur la place des femmes dans l'Eglise catholique, ou à une « Histoire mondiale de la France ».

« Le bouquin que vous enregistrez, vous devez l'aimer, sinon le résultat risque d'être désastreux », souligne Guy Rey des « Donneurs de voix », qui animent un réseau d'une centaine de « bibliothèques sonores » recensant environ 16 000 titres. 

« Récemment, un utilisateur m'a demandé un ouvrage de Schopenhauer. Mais je n'ai pas trouvé de bénévole pour le lui enregistrer », raconte le responsable associatif, observant que la plupart des lecteurs aveugles ont cependant des goûts plus banals, vu le succès parmi eux de Marc Levy ou d'Amélie Nothomb.

Autrefois stockés sur cassettes, puis en MP3, les livres audio se sont modernisés : le format standard est désormais le « Daisy », une norme internationale qui permet de naviguer plus facilement à l'intérieur du livre ou d'y laisser un marque-page virtuel.

De nombreux bénévoles prêtent également leur voix à la médiathèque de l'association Valentin Haüy, dont le catalogue compte quelque 54 000 ouvrages en français, partagés sur une plateforme internet qu'alimentent également des organisations belges, suisses ou canadiennes.

Si ce chiffre peut sembler impressionnant, il ne doit pas occulter le fait que « 92% des ouvrages édités chaque année restent inaccessibles aux personnes déficientes visuelles », relève Laurette Uzan, responsable de cette médiathèque.

Or « ce que veulent nos abonnés, c'est avoir accès à tous les livres, comme tout un chacun. Accéder à la culture, à l'information, à la scolarité, c'est un droit fondamental », insiste-t-elle.


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
Short Url
  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
Short Url
  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Short Url
  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".