Génocide au Xinjiang? Pourquoi le rapport de l'ONU n'en parle pas

Sur cette photo d'archive prise le 1er avril 2021, un manifestant portant un masque peint aux couleurs du drapeau du Turkestan oriental prend part à une manifestation de partisans de la minorité ouïgoure à Istanbul. (Photo par Ozan KOSE / AFP)
Sur cette photo d'archive prise le 1er avril 2021, un manifestant portant un masque peint aux couleurs du drapeau du Turkestan oriental prend part à une manifestation de partisans de la minorité ouïgoure à Istanbul. (Photo par Ozan KOSE / AFP)
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Publié le Samedi 03 septembre 2022

Génocide au Xinjiang? Pourquoi le rapport de l'ONU n'en parle pas

  • Le crime de génocide repose non seulement sur des actes, mais -et c'est crucial- sur l'intention d'éliminer
  • Le rapport juge «crédibles» les accusations de torture mais ne mentionne nulle part le mot génocide

GENÈVE : La Chine semble avoir commis des crimes contre l'humanité dans la région du Xinjiang selon le Haut-commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, qui ne retient pas le génocide, notoirement difficile à prouver.

Le crime de génocide repose non seulement sur des actes, mais -et c'est crucial- sur l'intention d'éliminer.

Une difficulté soulignée par Nikita White, d'Amnesty International Australie, dans un entretien à l'AFP: Les conclusions du rapport publié par le Haut-commissariat «sont très solides et très sérieuses» mais «pour porter des accusation de génocide, l'ONU devrait prouver l'intention (...) C'est vraiment difficile à prouver lorsque l'accès au Xinjiang est restreint».

- Crime contre l'humanité

Publié in extremis mercredi, le rapport de 48 pages documente toute une série de graves violations des droits humains des Ouïghours et d'autres minorités musulmanes de cette région de l'ouest de la Chine.

Le rapport juge «crédibles» les accusations de torture et souligne que «l'ampleur de la détention arbitraire et discriminatoire de membres des Ouïghours et d'autres groupes à prédominance musulmane (...) peut constituer des crimes internationaux, en particulier des crimes contre l'humanité».

Mais le document ne mentionne nulle part le mot génocide. Les autorités chinoises n'ont pas manqué de souligner ce point.

En revanche, les Etats-Unis mais aussi plusieurs législateurs, comme l'Assemble nationale française, accuse bien la Chine de commettre un génocide au Xinjiang.

«Ce rapport renforce et réaffirme nos graves préoccupations concernant le génocide en cours» au Xinjiang, a déclaré jeudi, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken.

«Nous ne portons aucun jugement nous-mêmes sur cette question spécifique», a déclaré à l'AFP la porte-parole du Haut-Commissariat, Ravina Shamdasani. «Les informations disponibles évaluées selon nos propres normes ne nous permettent pas de le faire pour le moment», explique t-elle.

- L'intention compte

La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée après la Seconde Guerre mondiale, a codifié pour la première fois ce crime.

Il s'agit du premier traité relatif aux droits de l'homme adopté par l'Assemblée générale des Nations unies en 1948.

Elle définit «les actes commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux».

Cela peut comprendre le meurtre des membres du groupe visé, mais aussi l'imposition de mesures visant à empêcher les naissances, le transfert forcé d'enfants à un autre groupe, ou encore «l'atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres ou l'imposition délibérée au groupe de conditions de vie calculées pour provoquer sa destruction physique en tout ou en partie».

Mais la définition du génocide comprend aussi l'intention, qui «est l'élément le plus difficile à déterminer», selon une fiche d'information de l'ONU sur la convention.

La destruction culturelle ne suffit pas. «C'est cette intention particulière (...) qui rend le crime de génocide si unique», souligne cette note.

- Changement de population

Bien que le rapport ne fasse pas référence au génocide, il se base sur des statistiques officielles chinoises pour documenter les changements dans la population de la région.

En infériorité numérique de plus de 10 contre un en 1953, les Chinois Han sont désormais à peu près à parité avec les Ouïghours, en grande partie en raison de la migration vers l'ouest, notamment à la suite d'incitations gouvernementales.

Le rapport détaille aussi la réduction de moitié «inhabituelle et brutale» du taux de natalité dans la région, notamment chez les Ouïghours.

Il a également fait remarquer la «hausse inhabituellement forte» du taux de stérilisation dans la région, qui est plus de sept fois supérieur à la moyenne en Chine.

«Il existe des indications crédibles de violations des droits reproductifs par l'application coercitive des politiques de planification familiale depuis 2017», souligne le document.

- Risque de génocide

Le Bureau des Nations unies pour la prévention du génocide, basé à New York, évalue s'il existe un risque de génocide et cherche les moyens pour tenter de le prévenir.

L'ONG Uyghur Human Rights Project souhaite que le bureau procède à une évaluation immédiate des risques.

«Bien qu'il ne parle pas de génocide, je pense que les groupes ouïghours ou les chercheurs appelleraient cela un génocide», a déclaré à l'AFP Peter Irwin du groupe à propos du rapport.


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.