Russie : un responsable de Memorial, condamné, dénonce l'offensive en Ukraine

Oleg Orlov, co-président de l'organisation russe de défense des droits de l'homme Memorial, lauréat du prix Nobel, accusé d'avoir discrédité l'armée russe à plusieurs reprises, comparaît devant le tribunal de Moscou le 11 octobre 2023. (AFP)
Oleg Orlov, co-président de l'organisation russe de défense des droits de l'homme Memorial, lauréat du prix Nobel, accusé d'avoir discrédité l'armée russe à plusieurs reprises, comparaît devant le tribunal de Moscou le 11 octobre 2023. (AFP)
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Publié le Mercredi 11 octobre 2023

Russie : un responsable de Memorial, condamné, dénonce l'offensive en Ukraine

  • Il devra payer 150 000 roubles, soit 1 400 euros au taux actuel, une peine d'une rare magnanimité en Russie, où nombre de personnes ont été envoyées en prison pour des faits similaires
  • Oleg Orlov, qui risquait cinq ans de détention, a estimé que le verdict, bien que « léger», n'en était pas moins «illégal et injuste», annonçant qu'il ferait appel

MOSCOU: Oleg Orlov, un responsable de l'ONG Memorial co-lauréate du prix Nobel de la paix 2022, a dressé mercredi un réquisitoire de l'assaut russe contre l'Ukraine, avant d'être condamné à une amende pour avoir justement dénoncé cette offensive.

Il devra payer 150 000 roubles, soit 1 400 euros au taux actuel, une peine d'une rare magnanimité en Russie, où nombre de personnes ont été envoyées en prison pour des faits similaires.

Oleg Orlov, qui risquait cinq ans de détention, a estimé que le verdict, bien que "léger", n'en était pas moins "illégal et injuste", annonçant qu'il ferait appel.

Ce responsable de Memorial a appelé à "ne pas oublier" les "très nombreuses personnes" condamnées à de "très nombreuses années en prison" pour avoir dit "la vérité", citant notamment les opposants Alexeï Navalny et Vladimir Kara-Mourza.

Au cours de l'audience, Oleg Orlov, un des rares critiques du Kremlin encore en liberté en Russie, a répété haut et fort tout le mal qu'il pense de la décision en février 2022 de Vladimir Poutine d'attaquer le voisin ukrainien.

"On me poursuit uniquement car j'ai fait usage de mes droits (...) c'est un procès politique", a-t-il dit, insistant, la voix légèrement tremblante, sur le fait que "la guerre (...) détruit l'avenir de notre pays".

Présent à ses côtés, son ami Dmitri Mouratov, le rédacteur en chef du journal indépendant Novaïa Gazeta et autre co-lauréat du prix Nobel de la Paix 2021, lui a prêté main forte.

De sa voix énergique, il a battu en brèche le discours du Kremlin qui aime comparer son assaut contre l'Ukraine au combat de l'URSS contre l'Allemagne nazie pendant la Deuxième Guerre mondiale.

"Quelle différence entre la Grande Guerre patriotique et l'opération militaire spéciale ?", a-t-il demandé, utilisant l'euphémisme imposé par Vladimir Poutine s'agissant du conflit en Ukraine.

"La Grande Guerre patriotique, c'était pour notre terre. (L'invasion soviétique de) l'Afghanistan et l'opération militaire spéciale (en Ukraine), ce sont les terres d'autres", a-t-il insisté, établissant un parallèle avec la guerre qui a contribué à la chute de l'URSS.

Nouvel exemple de la répression en Russie des détracteurs du Kremlin depuis l'attaque contre l'Ukraine, le procès de M. Orlov illustre aussi la volonté du pouvoir russe de museler les interprétations réprobatrices du passé soviétique et quant à la nature du régime du président Poutine.

Expertise psychiatrique 

La procureure a même demandé mercredi une expertise psychiatrique du prévenu, citant, pour tenter de la justifier, l'activisme d'Oleg Orlov contre l'invasion de l'Afghanistan dans les années 1980 ou encore ses récentes critiques du dirigeant tchétchène proche du Kremlin, Ramzan Kadyrov.

La juge a rejeté cette demande.

Militant chevronné âgé de 70 ans, le prévenu a vertement dénoncé à plusieurs reprises l'opération russe sur le territoire ukrainien tout en choisissant de rester en Russie, malgré le risque élevé de finir en prison, comme nombre d'autres détracteurs, célèbres ou anonymes, du pouvoir russe.

Il a rejeté toutes les accusations portées contre lui, les qualifiant d'"idiotes".

Concrètement, Oleg Orlov se voit reprocher d'avoir manifesté contre l'offensive russe en Ukraine et d'avoir signé une tribune au vitriol contre les autorités russes intitulée "Ils voulaient le fascisme, ils l'ont eu", publiée par le média français Mediapart.

Ce texte accuse les troupes russes du meurtre de "masse" de civils ukrainiens et dénonce la "victoire" en Russie des "forces les plus sombres", celles qui "rêvaient d'une revanche totale" après la dislocation de l'URSS.

La justice russe accusait donc Oleg Orlov d'"activités publiques visant à discréditer" les forces armées, en vertu d'un article du Code pénal adopté au printemps 2022 et utilisé massivement destiné à punir les critiques de l'assaut contre l'Ukraine. L'article a été durci en mars, prévoyant désormais des peines allant jusqu'à cinq ans de prison.

La procureure a expliqué n'avoir finalement requis qu'une amende car l'âge et la santé du militant sont selon elle des "circonstances atténuantes".

Biologiste de formation, M. Orlov a rejoint dès sa création, à la fin des années 1980, l'association Memorial, devenue un pilier de la quête de vérité sur les crimes de l'URSS et de la défense des droits humains dans la Russie post-soviétique.

L'ONG a été dissoute par la justice russe fin 2021, quelques semaines avant l'attaque contre l'Ukraine.


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.