Syrie: comment le conflit a affecté l'art syrien

L'artiste syrien Ahmad Elias lors de l'ouverture de sa galerie d'art à Riyad ce mois-ci. (Photo fournie)
L'artiste syrien Ahmad Elias lors de l'ouverture de sa galerie d'art à Riyad ce mois-ci. (Photo fournie)
Short Url
Publié le Mardi 28 janvier 2025

Syrie: comment le conflit a affecté l'art syrien

  •  L'art syrien a été l'une des formes d'expression de la population depuis le début de la guerre et a continué à l'être par la suite
  • Qu'il soit écrit ou dessiné, l'art est porteur d'un message, d'une émotion ou d'une histoire

RIYAD: En Syrie, il a suffi d'un graffiti sur l'un des murs de Daraa pour que la guerre civile, qui a duré 14 ans, éclate, causant détresse et misère au sein de la population du pays et à l'extérieur de ses frontières.

La guerre civile a détruit toutes les parties de la Syrie, qui était autrefois une société prospère dotée d'une nature fascinante et d'une histoire riche, et a forcé des millions de personnes à fuir le pays pour des sociétés plus sûres et plus stables, emportant avec eux les souvenirs d'un endroit qu'ils considéraient autrefois comme leur patrie.

L'art syrien a été l'une des formes d'expression de la population depuis le début de la guerre et a continué à l'être par la suite. Qu'il soit écrit ou dessiné, l'art est porteur d'un message, d'une émotion ou d'une histoire.

Ahmad Elias, artiste syrien ayant plus de 38 ans d'expérience dans les beaux-arts, a été témoin de la différence avant, pendant et après la guerre.

«Il est naturel pour l'être humain d'être affecté par les événements qui l'entourent. Par ailleurs, l'artiste visuel sera l'un des plus affectés par son environnement, car c'est un être qui porte en lui des sentiments délicats et qui traite des images, de la formation et des couleurs», a-t-il déclaré.

M. Elias est né à Dayr Atiyah, en Syrie, dans les années 1950. Il a plusieurs années d'expérience au cours desquelles il a exposé ses œuvres dans 14 galeries locales et internationales.

«J'appartiens à une génération d'artistes qui ont reçu l'enseignement des pionniers des beaux-arts en Syrie au siècle dernier, dont la plupart ont étudié l'art en Italie et en Égypte», a déclaré M. Elias.

«L'un des professeurs les plus importants dont les conseils m'ont influencé est le professeur Afif al-Bahnasi, qui nous incitait à tirer profit de l'héritage arabe et islamique.»

L'artiste syrien a expliqué à Arab News que son style était également influencé par d'autres artistes, en particulier au cours de ses premières années.

«Au cours de ma longue expérience artistique, j'ai été influencé par le grand artiste Mahmoud Hammad, qui était le doyen de la faculté des beaux-arts à l'époque. Grâce à de nombreuses expositions, j'ai développé mon expérience et introduit des techniques propres à mon art et à mon style», a-t-il déclaré.

M. Elias a eu la chance de ne pas être directement exposé aux désastres de la guerre et aux événements malheureux qui s'y sont produits, mais la signification des événements en cours a tout de même marqué son travail d'une empreinte indélébile.

«Bien que je n'aie pas été directement exposé aux désastres de la guerre et aux événements malheureux qui s'y sont produits, cela a affecté mes œuvres artistiques en termes de connotations de couleurs et de symboles expressifs, malgré ma volonté de tenir ces douleurs à l'écart de l'aspect artistique de mes œuvres, qui se caractérisent par un langage abstrait particulier», a-t-il déclaré à Arab News.

En outre, les artistes qui ont vécu la guerre et ont été témoins de ses horreurs, mais qui n'ont pas quitté la Syrie en tant que réfugiés, ont exprimé les scènes douloureuses dans leur propre style, a déclaré M. Elias.

Certains artistes ont dépeint la destruction et la souffrance humaine de manière réaliste, d'autres ont exprimé la tragédie visible sur les visages, et d'autres encore ont dépeint la tristesse et la douleur sur les visages des personnes endeuillées et les pleurs des femmes et des enfants.

«De nombreux artistes ont dépeint et documenté dans leurs œuvres le déplacement massif et le mouvement des exilés fuyant la mort et la destruction», a-t-il ajouté.

«Ceux qui sont partis à l'étranger et ont vu les bateaux de la mort ont réalisé des œuvres tragiques représentant les bateaux luttant contre les vagues de la mer, y compris les âmes des femmes, des hommes et des enfants, et racontant de nombreuses histoires tragiques et des récits sur les survivants de ces horreurs qui font frémir le corps et interpellent la conscience.»

Décrivant les ravages de la guerre, M. Elias a déclaré: «La guerre et ses tragédies humaines marqueront à jamais l'esprit des Syriens, et la tragédie des Syriens qui ont été victimes de toutes sortes d'injustices, d'abus, de déplacements et de destructions restera un chapitre honteux dans l'histoire de ceux qui prétendent être civilisés, humains et défendre les droits de l'homme.»

D'autre part, l'art syrien est ancien et se distingue par une histoire remarquable qui a été démontrée par les artistes syriens au début du XXe siècle.

Les artistes ont documenté dans leurs œuvres tous les événements que leur pays a traversés, toutes les formes de grandeur et de tragédie.

Selon M. Elias, l'artiste est par nature «un témoin et un documenteur de son époque», à l'instar d'un poète ou d'un écrivain, et tous les arts, quelles que soient leurs différences, se rejoignent dans des orientations et des objectifs communs et unifiés, qu'ils soient visuels, littéraires ou auditifs. Chaque artiste, a-t-il dit, s'exprime dans son propre langage.

«Les beaux-arts syriens, avec leurs racines profondes et leurs fondations solides, restent résistants malgré les années de guerre et de tourmente que le pays et son peuple ont endurées. Ces épreuves serviront probablement de source d'inspiration et de moteur pour la reconstruction et le renouveau. Les artistes, comme toujours, seront au premier plan, car la souffrance devient souvent un puissant catalyseur pour une expression artistique et créative percutante», a déclaré M. Elias.

«Avec la chute de l'ancien régime syrien, désormais relégué aux oubliettes de l'histoire, la Syrie bien-aimée retrouvera son statut noble, radieux et cultivé. Les fondations d'une Syrie moderne seront construites par les mains dévouées de ses honorables citoyens, avec le soutien de ses frères arabes, menés par le royaume frère d'Arabie saoudite et ses dirigeants sages et visionnaires.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
Short Url
  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
Short Url
  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Short Url
  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".